Montesquieu
Genèse de L’Esprit des lois

Le livre II de L’Esprit des lois (manuscrit)

Transcription, annotations et commentaire

La trans­crip­tion inté­grale du manus­crit de L’Esprit des lois conservé à la Bibliothèque natio­nale de France cons­ti­tue les tomes III et IV des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu (C. Volpilhac-Auger éd., Oxford, Voltaire Foundation, 2008).

Les réfé­ren­ces de page ren­voient à cette édition.

L’ensem­ble com­prend des intro­duc­tions et des annexes (p. I-CCLI et 897-929), per­met­tant de com­pren­dre les spé­ci­fi­ci­tés du manus­crit et les métho­des de tra­vail et de com­po­si­tion de Montesquieu.

Chaque livre est accom­pa­gné d’une étude intro­duc­tive appro­fon­die : genèse, évolution, rap­port avec l’imprimé et avec l’ensem­ble de l’œuvre.

Pour les conven­tions de trans­crip­tion, voir Principes de l’édition cri­ti­que du manus­crit de L’Esprit des lois (4. Directives de trans­crip­tion) http://mon­tes­quieu.ens-lyon.fr/spip…

Pour sui­vre l’actua­lité de l’édition des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu : http://mon­tes­quieu.ens-lyon.fr/spip…

Livre II (t. I, f. 20-46)

Montesquieu . De l

Montesquieu . De l’Esprit des Lois. Livres I-VI

Source : gal­lica.bnf.fr

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La struc­ture du livre II est aussi claire que celle du livre I : un même type de papier « pari­sien » porte les deux pre­miers cha­pi­tres, le pre­mier de la main H (1741-1742), le second de la main I (1743) ; un deuxième type est uti­lisé pour les dix-sept feuillets et les trois cha­pi­tres qui com­plè­tent ce livre, tous de la main I1. Mais on relève une excep­tion nota­ble : au cha­pi­tre 3 figu­rent deux inter­ca­la­tions de la main L (1744-1745) sur un (peut-être deux) type de papier dif­fi­cile à iden­ti­fier mais dif­fé­rent des pré­cé­dents. Aucune cor­rec­tion auto­gra­phe n’appa­raît.

On a donc affaire à une trans­crip­tion ini­tiale conti­nue qui n’est pas pos­té­rieure à 1743, inter­rom­pue par deux inter­ca­la­tions bien déli­mi­tées, data­bles de 1743-1744. La numé­ro­ta­tion et l’inti­tulé du livre sont au plus tard de 1742, ceux des cha­pi­tres au plus tard de 1743. Comme le livre I, le livre II est donc soli­de­ment cons­ti­tué assez tôt. Mais il ne fait pas par­tie du noyau ini­tial de L’Esprit des lois : il est pos­té­rieur au livre III, d’abord « pre­mier » puis « second ». En 1741 au plus tard, le secré­taire G ins­crit en tête de ce der­nier « livre 3e » ; à ce moment, le livre II existe donc pour l’essen­tiel.

Les addi­tions des feuillets 31 (sur le rôle du sénat en géné­ral, et celui de la Banque Saint-Georges à Gênes) et 33-352 (com­pa­rai­son entre les fonc­tions de dic­ta­teur à Rome et d’inqui­si­teur d’Etat à Venise3), qui por­tent tou­tes deux sur des ins­ti­tu­tions aris­to­cra­ti­ques, ne sont pas tout à fait iden­ti­ques : à la pre­mière suc­cè­dent d’impor­tan­tes modi­fi­ca­tions du déve­lop­pe­ment ini­tial4 ; c’est donc tout un ensem­ble qui est ainsi cor­rigé, de manière à ana­ly­ser la fonc­tion du sénat dans l’aris­to­cra­tie et jus­ti­fier une ins­ti­tu­tion qui limite le pou­voir des nobles. La seconde addi­tion, trop lon­gue pour être inter­ca­lée entre les lignes ou entre des para­gra­phes, est por­tée sur deux bifeuillets insé­rés5. Elle déve­loppe un cas par­ti­cu­lier, une « excep­tion » à la néces­saire limi­ta­tion des magis­tra­tu­res excep­tion­nel­les, mais vise sur­tout à expli­quer une appa­rente contra­dic­tion entre Rome et Venise, en res­pec­tant le prin­cipe de « ne pas regar­der comme sem­bla­bles des cas réel­le­ment dif­fé­rents » (Préface de L’Esprit des lois).

Une autre cor­rec­tion de quel­que lon­gueur, data­ble de 1743-1744, c’est-à-dire de la révi­sion de la main L, porte sur la divi­sion du peu­ple « en de cer­tai­nes clas­ses » « dans l’état popu­laire » au cha­pi­tre 2 (f. 25v-26r). Elle peut pas­ser pour pure­ment sty­lis­ti­que ; elle n’en mérite pas moins d’être notée car elle rem­place un énoncé nor­ma­tif (« Pour éviter […] il faut […] ») par une obser­va­tion his­to­ri­que d’où se déduit une loi : « c’est dans la maniere de faire cette divi­sion que les grands legis­la­teurs se sont signa­lés, et c’est de la qu’a tou­jours dependü […] » ; la stra­té­gie rhé­to­ri­que a changé, tan­dis que l’idée trouve un écho dans un pas­sage du même cha­pi­tre, « c’est à le regler [le tirage au sort] et à le cor­ri­ger que les grands legis­la­teurs se sont sur­pas­sés » (f. 27r) : si une démo­cra­tie se défi­nit par le pou­voir du « peu­ple en corps », ce n’en est pas moins l’œuvre du légis­la­teur qui mérite inté­rêt.

Le même pas­sage révèle une réelle dif­fi­culté d’écriture : trans­crit par I, bien­tôt cor­rigé par L puis par N’ lors de la deuxième et der­nière cam­pa­gne de relec­ture (1745), il ne trou­vera sa rédac­tion défi­ni­tive, claire et concise, que dans l’imprimé. On relève d’ailleurs d’assez nom­breu­ses modi­fi­ca­tions entre la ver­sion défi­ni­tive du manus­crit et l’imprimé, et d’abord des cor­rec­tions for­mel­les, ainsi que l’intro­duc­tion de pré­ci­sions dans les notes (notam­ment des réfé­ren­ces de pages et d’édition, ce qui jusqu’en 1745 n’était pas fré­quent). Mais sur­tout l’imprimé de 1748 sup­prime un pas­sage, en édulcore un autre, car ils pou­vaient se révé­ler dan­ge­reux : la pre­mière note du cha­pi­tre 4 (f. 39r), consa­crée à l’Ordonnance de 1667, dis­pa­raît alors ; et au cha­pi­tre 5 la men­tion du nom du pape cou­pa­ble de népo­tisme est effa­cée (f. 45v) : moins de soixante-dix ans après la mort de Clément X, la dis­cré­tion sem­ble avoir été tou­jours de rigueur.

Le livre comprend aussi la page de titre définitive, de l’écriture H (f. 20) et une ancienne page de titre de la main de Montesquieu (f. 44, mal placé ici), toutes deux de papier de type indéterminé.

Elles font manifestement suite à la relecture des feuillets 22-29, marqués par de nombreuses corrections ou adjonctions de L.

« L’exception […] contre la nature de la chose ». La phrase suivante (« Qui est-ce qui […] ») est postérieure.

Corrections L sur le feuillet 32r, sur la nomination des sénateurs : « Les senateurs ne doivent point avoir […] dans une republique forme » (la suite de la phrase est de la main I).

Celle-ci est biffée au bas du feuillet 32v et recopiée (par L puis N’, donc vers 1745) à la fin du feuillet 35r (le feuillet 35v est vierge). La deuxième partie du deuxième bifeuillet a été découpée ; il n’en reste donc plus qu’un talon, non folioté par la Bibliothèque nationale de France (d’où la dénomination 35bis, qui nous est propre).

Manuscrit de L’Esprit des lois, Bibliothèque nationale de France (n.a.fr., 12832)