Montesquieu
Genèse de L’Esprit des lois

Principes de l’édition critique du manuscrit de L’Esprit des lois

Editer un manuscrit de l’Âge classique : principes de cette édition

Le sta­tut très spé­ci­fi­que du manus­crit de L’Esprit des lois exi­geait un trai­te­ment par­ti­cu­lier au sein des pré­sen­tes Œuvres com­plè­tes de Montesquieu. Aussi les prin­ci­pes de trans­crip­tion adop­tés ici sont-ils dif­fé­rents de ceux qui régis­sent les autres volu­mes. Mais il importe sur­tout de défi­nir ce manus­crit, excep­tion­nel dans l’his­toire de la lit­té­ra­ture et de la phi­lo­so­phie : manus­crit de tra­vail mon­trant l’élaboration d’une œuvre qui ne relève ni de la fic­tion ni de la poé­sie, et sur­tout manus­crit anté­rieur aux XIXe et XXe siè­cles, qui ont offert à la géné­ti­que ses cor­pus fon­da­teurs, il obéit à des prin­ci­pes de cons­ti­tu­tion pro­pres à son époque et au(x) genre(s) dont il relève.

Il est également néces­saire de pré­sen­ter et de jus­ti­fier métho­do­lo­gi­que­ment une édition dont la visée est géné­ti­que, mais qui ne peut se pré­va­loir plei­ne­ment d’un tel sta­tut, et d’abord une trans­crip­tion qui n’a évidemment pas la pré­ten­tion de ren­dre compte de tou­tes les par­ti­cu­la­ri­tés du texte, mais seu­le­ment de cel­les qui nous parais­sent por­teu­ses de sens – ce qui peut pas­ser pour une atteinte à l’inté­grité du texte, au nom de pré­ten­tions contra­dic­toi­res avec l’abso­lue fidé­lité qui doit être la règle de l’éditeur. Il faut pour com­pren­dre cela évoquer l’his­to­ri­que de cette édition avant même ses prin­ci­pes.

1. Choix éditoriaux

La déci­sion de faire entrer le manus­crit de L’Esprit des lois parmi les Œuvres com­plè­tes de Montesquieu date de l’ori­gine même du pro­jet, à la fin des années 80, et en cons­ti­tue une des prin­ci­pa­les nou­veau­tés. Il revient à Georges Benrekassa d’avoir attiré l’atten­tion sur l’extrême inté­rêt que repré­sen­tait un tel tra­vail, et d’avoir posé les jalons de ce qui appa­rais­sait d’emblée comme très dif­fé­rent de tout ce que pré­sen­tent la plu­part des entre­pri­ses d’Œuvres com­plè­tes.

En effet cel­les-ci, sou­cieu­ses d’éviter les redi­tes, ne publient un manus­crit que lors­que celui-ci est extrê­me­ment dif­fé­rent de la ver­sion impri­mée – sinon elles se conten­tent d’en repor­ter les leçons dans l’appa­rat cri­ti­que. L’exem­ple en était donné avec la dou­ble édition de l’Emile (manus­crit Favre) ou du Contrat social (pre­mière ver­sion), au tome III des Œuvres com­plè­tes de Rousseau1. : l’écart est tel avec les ver­sions impri­mées qu’aucune édition cri­ti­que s’appuyant sur les deux ver­sions à la fois n’est envi­sa­gea­ble.

Mais cet exem­ple ne vaut nul­le­ment pour L’Esprit des lois, qui pré­sente deux aspects très dif­fé­rents : à la fois manus­crit de tra­vail, reflé­tant l’évolution d’une pen­sée et d’une écriture, au cours de neuf années d’élaboration et manus­crit pres­que défi­ni­tif, dont l’écart avec la pre­mière ver­sion impri­mée est fai­ble – on s’en convain­cra au seul relevé des dif­fé­ren­ces, que nous avons mar­quées visuel­le­ment dans la trans­crip­tion2. Le pre­mier aspect a long­temps pré­valu, et a incité à consa­crer deux volu­mes sur vingt-deux à cet opus par­ti­cu­lier, s’ajou­tant aux deux qui devaient être consa­crés à L’Esprit des lois imprimé. Le carac­tère excep­tion­nel pour le pre­mier XVIIIe siè­cle d’un tel docu­ment n’échappait à per­sonne ; et le déve­lop­pe­ment des outils d’inves­ti­ga­tion à par­tir des tra­vaux de Robert Shackleton per­met­tait une ana­lyse extrê­me­ment fruc­tueuse.

C’est plus tar­di­ve­ment (vers 2004), au fur et à mesure que le manus­crit et son his­toire étaient mieux connus, que s’est impo­sée l’idée de le met­tre en rela­tion avec l’imprimé, plus exac­te­ment de faire appa­raî­tre la der­nière ver­sion du manus­crit et de la com­pa­rer avec l’imprimé de 1748, et notam­ment de l’inté­grer à l’appa­rat cri­ti­que de l’édition de l’imprimé. En effet, si nous ne dis­po­sons pas du manus­crit envoyé à Genève, il était patent que celui-ci avait été copié sur le manus­crit sub­sis­tant. La « der­nière ver­sion » était beau­coup plus aisé­ment déchif­fra­ble qu’on ne l’avait pensé d’abord, et sur­tout il n’exis­tait aucun pas­sage tout au long de ses quinze cents feuillets qui tra­hît l’ina­chè­ve­ment ou rele­vât d’une pro­li­fé­ra­tion incontrô­lée, aux­quels l’éditeur se confron­te­rait vai­ne­ment.

Ces deux aspects, qui per­met­tent d’ins­crire le manus­crit de L’Esprit des lois dans l’his­toire du texte et de l’étudier pour lui-même, sont aujourd’hui res­pec­tés3. Le choix de pro­cé­der à une trans­crip­tion linéa­ri­sée de ce manus­crit est ancien (il remonte au début des années 90), et relève d’une déci­sion prise pour l’ensem­ble de l’édition des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu ; nous l’assu­mons plei­ne­ment.

On sait qu’un tel mode de trans­crip­tion, en impo­sant une inter­pré­ta­tion du texte, est sujet à cau­tion – la trans­crip­tion diplo­ma­ti­que ne vau­drait-elle pas mieux ? Celle-ci est deve­nue cepen­dant moins indis­pen­sa­ble depuis la numé­ri­sa­tion inté­grale du manus­crit de L’Esprit des lois4. L’extrême lisi­bi­lité de la plus grande par­tie du manus­crit (seu­les les ratu­res en ren­dent par­fois la com­pré­hen­sion dif­fi­cile) auto­rise tout lec­teur consul­tant la ver­sion numé­ri­sée à la confron­ter faci­le­ment avec notre trans­crip­tion. D’autre part, la spé­ci­fi­cité des manus­crits de Montesquieu, dont les stra­tes sont repé­ra­bles et data­bles grâce à la chro­no­lo­gie rela­tive et abso­lue des secré­tai­res qui en sont res­pon­sa­bles5, per­met de pré­sen­ter aisé­ment au lec­teur la suc­ces­sion des inter­ven­tions par la seule iden­ti­fi­ca­tion des « mains » et de four­nir une inter­pré­ta­tion rela­ti­ve­ment sûre, qui cons­ti­tue non seu­le­ment une aide à la lec­ture, mais encore un aspect essen­tiel de notre étude. Il n’est pas impos­si­ble à une trans­crip­tion diplo­ma­ti­que de faire appa­raî­tre les trois ou qua­tre mains, et donc les trois ou qua­tre cam­pa­gnes de relec­ture qui peu­vent inter­ve­nir sur la même page ; mais une trans­crip­tion linéa­ri­sée est beau­coup plus adap­tée à un tel manus­crit et à de tels ins­tru­ments d’ana­lyse.

Enfin, il est évident que la maté­ria­lité même de l’écriture, dans un manus­crit où la part auto­gra­phe n’est guère supé­rieure à 2%, ne peut jouer le même rôle que là où prime le geste de l’auteur, quand sa main se confronte à la page blan­che6 ; la notion d’espace (de la ligne, de la page, mais aussi l’espace même dévolu au mot) ne joue plus guère quand celui qui en est res­pon­sa­ble n’est pas l’auteur7. Les quel­que quinze secré­tai­res (si l’on compte aussi deux « mains » qui sont inter­ve­nues dans les cha­pi­tres reje­tés) ont cha­cun leurs habi­tu­des, voire leurs tics, dont le détail importe peu à l’œuvre même8.

De plus, au XVIIIe siè­cle, l’habi­tude de la dic­tée, ainsi que la pra­ti­que ordi­naire de la com­po­si­tion men­tale, inci­tent à per­ce­voir autre­ment le rap­port à la page, voire à la rédac­tion elle-même, à l’acte d’écrire, qui est au cen­tre de l’étude géné­ti­que des manus­crits moder­nes9 : l’opé­ra­tion d’écriture appa­raît dans un cer­tain nom­bre de cas comme un résul­tat plu­tôt que comme un pro­ces­sus, et si les cor­rec­tions suc­ces­si­ves (et par­fois la dic­tée, qui tra­hit le tra­vail « sur le vif ») révè­lent l’évolution du rai­son­ne­ment, sa cons­ti­tu­tion même est géné­ra­le­ment anté­rieure ; un énorme tra­vail de mémoire per­met à un auteur de médi­ter des pages entiè­res avant de les jeter sur le papier. Ainsi il ne s’agit ni d’une « écriture à pro­gramme » ni d’une « écriture à pro­ces­sus », pour repren­dre une dis­tinc­tion cano­ni­que10, mal­gré quel­ques tra­ces, excep­tion­nel­les, sinon de pro­gramme, du moins d’inten­tions11.

Il faut sur­tout gar­der en mémoire que la visée rhé­to­ri­que et argu­men­ta­tive d’un texte comme L’Esprit des lois est pre­mière – sans même par­ler de ce qu’impli­que son sta­tut de texte « phi­lo­so­phi­que ». Sans envi­sa­ger l’idée, évidemment sim­pliste, qu’il soit tout entier tendu vers l’objet de sa démons­tra­tion, on remar­quera néan­moins que l’aléa ou le jeu lui sont étrangers. L’effi­ca­cité de l’argu­men­ta­tion fait par­tie de ses objec­tifs fon­da­men­taux : les moyens pour y par­ve­nir (et ils sont nom­breux : de la rigueur scien­ti­fi­que au nerf de la satire, en pas­sant par la démons­tra­tion juri­di­que) ont beau être divers et s’impo­ser dif­fé­rem­ment à l’auteur au fur et à mesure de la com­po­si­tion, en fonc­tion des sujets trai­tés et de l’évolution de l’ouvrage, elle n’en appa­raît pas moins clai­re­ment comme l’ambi­tion ultime ou comme le fon­de­ment de l’œuvre. Si le texte phi­lo­so­phi­que se défi­nit par sa liberté tout autant que le texte dit lit­té­raire, il suit d’abord le che­min de la dif­fi­culté vain­cue, de la clarté labo­rieu­se­ment conquise, en un mou­ve­ment sinon continu, du moins cons­tant et métho­di­que. Aussi trou­vera-t-on sou­vent men­tion de « cor­rec­tions » – notion peu admise en cri­ti­que géné­ti­que, mais qui nous paraît plei­ne­ment jus­ti­fiée tant les règles en vigueur dans ce manus­crit (souci d’éviter les répé­ti­tions ou l’ambi­guïté, d’allé­ger l’expres­sion alour­die par des addi­tions suc­ces­si­ves, de gar­der ferme l’idée prin­ci­pale en dépit de tou­tes les inflexions qui s’y ajou­tent) sont clai­res et cons­tan­tes.

Tout aussi ferme, mais autre­ment dif­fi­cile à appré­cier, le che­min qui prend déli­bé­ré­ment l’allure d’un désor­dre « baro­que », alors même qu’il relève à la fois de l’esthé­ti­que et de la démar­che pro­pre­ment phi­lo­so­phi­que12. La trans­crip­tion doit en ren­dre compte, mais seul le com­men­taire le fera véri­ta­ble­ment appa­raî­tre. C’est là que l’édition, en res­ti­tuant la dimen­sion dia­chro­ni­que de l’écriture, prend tout son sens, dans des intro­duc­tions où nous pro­po­sons l’inter­pré­ta­tion de phé­no­mè­nes de grande ampleur, por­tant sur des cha­pi­tres ou des livres entiers. Les bifur­ca­tions pos­si­bles, les choix sus­cep­ti­bles de remet­tre pro­fon­dé­ment en cause l’orien­ta­tion du texte en deve­nir13, ne s’obser­vent guère qu’à cette échelle, même s’ils indui­sent évidemment des modi­fi­ca­tions au niveau du détail. La pro­fon­deur de l’œuvre est aussi celle de tous les pos­si­bles suc­ces­si­ve­ment reje­tés.

2. Un dossier génétique ?

La pre­mière carac­té­ris­ti­que de l’écriture de Montesquieu est d’abord la cons­ti­tu­tion de dos­siers que l’on pourra appe­ler géné­ti­ques tout aussi bien que docu­men­tai­res, puisqu’ils sont cons­ti­tués d’extraits au cours des­quels Montesquieu for­mule un com­men­taire, qui cons­ti­tue une pré­ré­dac­tion de cer­tai­nes for­mu­les de L’Esprit des lois14 et qui en même temps ali­mente la réflexion, sans l’orien­ter défi­ni­ti­ve­ment ni même avoir pour pers­pec­tive L’Esprit des lois.

Si cet ouvrage en est bien l’hori­zon, si Montesquieu du moins a amassé une telle somme d’extraits pour écrire un jour un ouvrage où il conden­se­rait l’ensem­ble de sa pen­sée, leur des­ti­na­tion ne s’y résume pas ; ils ont été cons­ti­tués en grande par­tie, pour ce que nous en connais­sons, à une époque (1734-1739) où il n’a pas encore com­mencé à écrire L’Esprit des lois15. Ils en sont le ter­reau avant d’en deve­nir la matière – d’où notre hési­ta­tion à les trai­ter seu­le­ment comme « dos­sier géné­ti­que » d’une œuvre par­ti­cu­lière. Ces notes de lec­ture sont en cours de publi­ca­tion : le pre­mier tome des Extraits et notes de lec­ture, avec les Geographica (2007), a pré­cédé la pré­sente édition mais a béné­fi­cié de sa pré­pa­ra­tion, et l’anno­ta­tion en sou­li­gne cons­tam­ment la fonc­tion, en défi­nis­sant cons­tam­ment sa rela­tion à l’œuvre-maî­tresse ; le second tome, qui com­porte aussi beau­coup d’extraits pos­té­rieurs à L’Esprit des lois (mais par­fois uti­li­sés dans les cor­rec­tions et donc dans l’édition pos­thume de 1757), paraî­tra pro­chai­ne­ment sous la direc­tion de Rolando Minuti.

D’autre part, le prin­cipe fon­da­men­tal de la rédac­tion est, on l’a dit, la réor­ga­ni­sa­tion ou recom­po­si­tion, au point que la qua­trième par­tie de notre intro­duc­tion (« Genèse de L’Esprit des lois ») parle d’« œuvre mobile ». « Ecriture à recom­po­si­tion », écriture se cons­ti­tuant dans l’expé­ri­men­ta­tion de com­bi­nai­sons diver­ses, ces expres­sions ren­draient assez bien compte de ce fonc­tion­ne­ment – sans qu’on aille jusqu’à la notion d’« écriture com­bi­na­toire », trop liée à des expé­rien­ces beau­coup plus moder­nes et radi­ca­le­ment dif­fé­ren­tes. C’est sans doute là l’aspect le plus ori­gi­nal de la rédac­tion de Montesquieu ; c’est aussi ce qui cons­ti­tue l’aspect le plus dif­fi­cile, et le plus inté­res­sant, de l’étude du manus­crit de tra­vail conservé à la Bibliothèque natio­nale de France.

Au-delà de ce manus­crit, la recher­che est ren­due pos­si­ble par l’exa­men d’une par­tie impor­tante du dos­sier géné­ti­que pro­pre­ment dit (et là, aucune res­tric­tion ter­mi­no­lo­gi­que n’est à obser­ver), dos­sier conservé à Bordeaux sous la cote « 2506 » et sou­vent inti­tulé impro­pre­ment « Rejets de L’Esprit des lois »16. Il regroupe des cha­pi­tres exclus de l’ouvrage, quel qu’en soit l’avan­ce­ment de la rédac­tion, et d’autres maté­riaux, sau­ve­gar­dés et clas­sés en fonc­tion de la nou­velle des­ti­na­tion que Montesquieu vou­lait leur don­ner, géné­ra­le­ment des dis­ser­ta­tions aca­dé­mi­ques. Nous l’avons fait figu­rer comme il se devait dans cette édition, puis­que ces feuillets aban­don­nés ont, à un moment donné et dans plu­sieurs cas jusqu’en 1745-1747, fait par­tie de l’ouvrage, ou devaient en faire par­tie moyen­nant cor­rec­tion ou reprise.

Autre aspect, et non des moin­dres : ce dos­sier pré­sente des fiches de tra­vail qui per­met­tent de recons­ti­tuer la méthode même de Montesquieu ; quel­ques-unes sont anté­rieu­res à cer­tains cha­pi­tres rédi­gés, d’autres sim­ple­ment join­tes à ceux-ci, ou à des déve­lop­pe­ments encore pres­que infor­mes, pour une rédac­tion future : c’est à par­tir de ces nota­tions par­fois som­mai­res que le cha­pi­tre aurait pris consis­tance. Cela rend encore plus remar­qua­ble le cas de L’Esprit des lois, à la fois pour son époque et parmi les manus­crits phi­lo­so­phi­ques et lit­té­rai­res, car il offre au cher­cheur autant de maté­riel que cer­tains auteurs d’époque moderne aux­quels la cri­ti­que géné­ti­que s’est inté­res­sée bien plus tôt.

Le « dos­sier géné­ti­que », puis­que celui-ci existe bien, ne serait pas com­plet si l’on n’y incluait un gros ensem­ble docu­men­taire, le Spicilège, publié en 2002 par Rolando Minuti et Salvatore Rotta, et sur­tout les Pensées, qui recueillent des « réflexions » éparses et des déve­lop­pe­ments plus ou moins frag­men­tai­res. Beaucoup d’entre eux réap­pa­rais­sent dans L’Esprit des lois, d’autres y sont recueillis après que Montesquieu a renoncé à les faire entrer dans l’ouvrage. Là encore, la fina­lité n’est pas pro­pre­ment celle de L’Esprit des lois : il s’agit de recueils cons­ti­tués pour ser­vir à tou­tes les œuvres que Montesquieu avait en tête – et l’on sait qu’il en com­mença et en aban­donna beau­coup17. C’est donc à un ensem­ble consi­dé­ra­ble que l’on a affaire, dont la com­plexité n’est pas due à sa pré­sen­ta­tion maté­rielle, mais au sta­tut des divers sous-dos­siers qui le com­po­sent.

Ainsi, sans s’ins­crire parmi les gran­des éditions que l’ITEM a pro­dui­tes, celle-ci res­pecte néan­moins cer­tains des prin­ci­pes fon­da­men­taux de la géné­ti­que, et s’ins­pire de métho­des qu’elle a déve­lop­pées – s’appuyant même for­te­ment sur l’étude des papiers déve­lop­pée par Claire Bustarret. C’est dans cette pers­pec­tive que s’est placé notre tra­vail d’obser­va­tion et d’inter­pré­ta­tion, pro­pre à l’étude d’une œuvre de l’Âge clas­si­que, période pour laquelle il existe fort peu de tra­vaux18 et qui com­porte tant de traits spé­ci­fi­ques. Si nous n’avons pu réa­li­ser une étude géné­ti­que com­plète de L’Esprit des lois, au moins pré­sen­tons-nous ici ce texte en mou­ve­ment, pour four­nir au lec­teur un cer­tain nom­bre de moyens qui lui per­met­tront d’aller plus loin.

Chacun des vingt-six livres du manus­crit de L’Esprit des lois (vingt-sept si l’on compte les der­niers feuillets, épars), inté­gra­le­ment trans­crit, est donc pré­cédé d’une intro­duc­tion qui rend compte de sa place dans l’économie de l’ouvrage en deve­nir, et des mou­ve­ments d’ensem­ble qui ont affecté sa com­po­si­tion, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire dans son élaboration comme dans sa dis­po­si­tion19, et ce depuis la par­tie la plus ancienne du manus­crit jusqu’à son évolution ulté­rieure dans l’imprimé (notam­ment pour ren­dre compte des phé­no­mè­nes d’auto­cen­sure, qui s’ampli­fient à l’appro­che de la publi­ca­tion). Tous ces aspects sont déve­lop­pés à par­tir de phé­no­mè­nes iden­ti­fiés et dési­gnés tout au long de la trans­crip­tion, par­fois en note quand celle-ci ne suf­fit pas.

3. Conventions de transcription : principes généraux

Tout édition se défi­nit néces­sai­re­ment comme résul­tant au mieux d’une conci­lia­tion, au pire d’un lou­voie­ment entre lisi­bi­lité (c’est-à-dire res­pect du lec­teur) et fidé­lité – cette der­nière notion pou­vant elle-même se com­pren­dre soit comme res­pect de la maté­ria­lité du manus­crit, soit comme fidé­lité à l’inten­tion de l’auteur, par­fois tra­hie par celle-là, sur­tout dans le cas pré­sent puis­que Montesquieu s’en remet la plu­part du temps à des secré­tai­res, et que comme la plu­part de ses contem­po­rains il est indif­fé­rent aux usa­ges ortho­gra­phi­ques et typo­gra­phi­ques et en remet le soin à d’autres20. Ainsi l’éditeur, pas­sant d’un point de vue à un autre, est cons­tam­ment amené à résou­dre des contra­dic­tions. La nôtre n’échappe pas à cette règle.

Ainsi notre trans­crip­tion se veut évidemment « fidèle » – mais au sens plus qu’à la maté­ria­lité de l’écriture, comme on l’a exposé plus haut, et dans les limi­tes qu’impli­que notre prin­cipe, fon­da­men­tal, d’offrir au lec­teur un texte rela­ti­ve­ment acces­si­ble : toute per­sonne s’inté­res­sant à L’Esprit des lois, quelle que soit sa for­ma­tion (juri­di­que, phi­lo­so­phi­que, poli­ti­que, lit­té­raire), doit pou­voir l’uti­li­ser. N’étant pas diplo­ma­ti­que, et visant à l’élucidation plus qu’à une res­ti­tu­tion d’une abso­lue fidé­lité, elle néces­site d’assez nom­breu­ses inter­ven­tions (mais pas plus que dans les pré­cé­dents volu­mes des pré­sen­tes Œuvres com­plè­tes), d’autant que nous avons été cons­tam­ment cons­ciente de la trans­for­ma­tion radi­cale qu’impli­que le pas­sage du manus­crit à l’imprimé.

Il nous a sem­blé inu­tile, alors même que nous accor­dions la plus grande atten­tion à la dis­tinc­tion des « mains » dans l’inter­pré­ta­tion du déve­lop­pe­ment du texte, de sacra­li­ser en l’impri­mant ce qui pro­cède des pra­ti­ques indi­vi­duel­les des secré­tai­res, tout en sachant que cer­tai­nes de ces pra­ti­ques sont loin d’être insi­gni­fian­tes, puisqu’elles témoi­gnent d’une culture et per­met­tent de dis­cer­ner des traits indi­vi­duels – mais c’est le texte de Montesquieu que nous éditons, et non la copie en tant que telle. De sur­croît, notre but n’était pas de fein­dre de repro­duire le manus­crit – pareille pré­ten­tion aurait de toute manière été ren­due illu­soire par la numé­ri­sa­tion.

Cela ne veut pas dire que nous avons résolu tous les pro­blè­mes, loin de là : obli­gée de reconduire ce jeu d’oppo­si­tions, nous nous som­mes trou­vée par là même par­fois réduite à des apo­ries. C’est pour­quoi il nous a sem­blé que pour les dépas­ser et pour don­ner tout son sens à l’édition de ce manus­crit21, il était pos­si­ble de trou­ver un autre point de vue que ceux de l’auteur et du lec­teur d’aujourd’hui. Ne pour­rait-on se don­ner aussi comme objec­tif de repla­cer le lec­teur dans la situa­tion qui pou­vait être celle d’un lec­teur contem­po­rain de Montesquieu, comme le fut par exem­ple le secré­taire chargé de copier ce manus­crit pour en établir la ver­sion défi­ni­tive des­ti­née à être envoyée à l’impri­meur ? En conser­vant tou­tes les irré­gu­la­ri­tés et les ambi­guï­tés, voire les aber­ra­tions et les erreurs qui pou­vaient en gêner la lec­ture en 1747, mais en sup­pri­mant silen­cieu­se­ment (sui­vant des règles que nous énonçons ci-après) cel­les qui rele­vaient des habi­tu­des du temps mais entra­vent aujourd’hui la com­pré­hen­sion, et en four­nis­sant les moyens de sur­mon­ter cel­les qui offrent une réelle dif­fi­culté, de lec­ture ou d’inter­pré­ta­tion, par des addi­tions expres­sé­ment signa­lées ou des notes.

Ainsi l’ortho­gra­phe est inté­gra­le­ment res­pec­tée, même quand elle est pure­ment pho­né­ti­que ; tout écart impor­tant par rap­port à la forme nor­ma­li­sée est signalé en note (« Lire xxxxxx. ») ; les ajouts néces­sai­res à la com­pré­hen­sion, réduits au plus strict mini­mum, figu­rent entre cro­chets droits [xxxxxx]22. Mais l’expé­rience des volu­mes pré­cé­dents nous a per­sua­dée que deux des points qui gênent le plus le lec­teur moderne (mais nul­le­ment les contem­po­rains de Montesquieu) sont la liai­son entre mots dis­tincts et sur­tout l’absence d’apos­tro­phe, notam­ment entre l’arti­cle et le nom ; or ce der­nier cas est extrê­me­ment fré­quent. On ne sau­rait envi­sa­ger de réta­blir cha­que fois l’apos­tro­phe entre cro­chets ; nous l’avons donc silen­cieu­se­ment et sys­té­ma­ti­que­ment réta­blie, et avons séparé les mots liés.

Les majus­cu­les (ou plu­tôt « gran­des let­tres ») ont été sup­pri­mées ; seu­les res­tent en capi­ta­les les let­tres ini­tia­les qui sui­vent un point et cel­les des noms pro­pres, quelle que soit la forme que leur donne le scrip­teur, ainsi que cel­les des adjec­tifs sub­stan­ti­vés de natio­na­lité, afin de pal­lier la dis­pa­rité des usa­ges, y com­pris dans la même phrase23 : rien de cela n’est géné­ra­teur d’ambi­guïté, et il faut éviter de figer (comme le fait imman­qua­ble­ment tout imprimé) ce qui relève des habi­tu­des pro­pres à cha­que secré­taire, voire de l’arbi­traire le plus total24 ; mais il impor­tait encore davan­tage de ne pas pren­dre pour des majus­cu­les des let­tres qu’un secré­taire trace tou­jours de la même façon en posi­tion ini­tiale, en les gros­sis­sant plus que d’autres, sans qu’il ait la moin­dre inten­tion de leur don­ner sta­tut de majus­cule. Ce qui à pre­mière vue laisse pen­ser que tous les mots com­men­çant par un c ou un e sont dotés d’une majus­cule… Il s’agit donc d’une uni­for­mi­sa­tion plus que d’une nor­ma­li­sa­tion25 .

La ponc­tua­tion, elle, est inté­gra­le­ment res­pec­tée, dans la mesure où elle est lisi­ble (les vir­gu­les ne le sont pas tou­jours, tan­dis que des alté­ra­tions du papier peu­vent être pri­ses pour des vir­gu­les). On ne fait pas appa­raî­tre (sauf excep­tion, figu­rant entre cro­chets droits), de ponc­tua­tions sup­plé­men­tai­res, même quand le sens le réclame : soit celui-ci est évident, et le lec­teur n’a pas besoin d’ajout (on pense notam­ment aux vir­gu­les dans une énumération, ou au point d’inter­ro­ga­tion quand la phrase l’appelle) ; soit il ne l’est pas, et le lec­teur se retrouve dans la situa­tion du secré­taire26 – et de fait tou­tes les ambi­guï­tés n’ont pas for­cé­ment été levées. En ajou­tant tous les signes qui auraient pu sem­bler néces­sai­res, notam­ment des points, des deux-points ou des points-vir­gu­les, non seu­le­ment nous aurions imposé une inter­pré­ta­tion27 , mais nous nous serions sur­tout confor­mée aux habi­tu­des typo­gra­phi­ques de l’époque ou aux nôtres plus qu’à l’inten­tion de Montesquieu, mani­fes­te­ment indif­fé­rent, comme la plu­part de ses secré­tai­res, aux usa­ges conven­tion­nels de la ponc­tua­tion.

Les points après les chif­fres, usuels au XVIIIe siè­cle, ont été conser­vés, pour la rai­son qu’ils pou­vaient créer une cer­taine confu­sion en ris­quant d’être confon­dus avec des ponc­tua­tions ; il nous a sem­blé néces­saire de conser­ver là encore l’ambi­guïté. En revan­che, on a sup­primé les points qui se trou­vent sous les expo­sants (ou un peu à droite, ou un peu à gau­che) : ils n’ont pas de sens en eux-mêmes, car ils ser­vent seu­le­ment à « confir­mer » la mise en expo­sant d’une let­tre, ce qui ris­que­rait d’échapper au lec­teur du manus­crit, mais cer­tai­ne­ment pas au lec­teur d’un imprimé.

Contrairement à ce qui s’observe dans les pre­miers volu­mes publiés dans les pré­sen­tes Œuvres com­plè­tes, nous n’avons pas réta­bli le trait d’union quand il man­quait : ce raf­fi­ne­ment typo­gra­phi­que peu en usage dans les manus­crits (et par­fois com­plè­te­ment absent chez cer­tains secré­tai­res) est à peu près inu­tile à la com­pré­hen­sion.

Enfin, nous n’avons trans­crit dans la conti­nuité du texte que des éléments pure­ment tex­tuels, rele­vant de la rédac­tion de Montesquieu, excluant les signes méta­tex­tuels (res­ti­tués en marge ou en note) et les signes « para­si­tes » (voir 2.6-9) ; les notes de régie appa­rais­sent en marge (voir 2.8). Les notes de Montesquieu28 sont appe­lées par un expo­sant alpha­bé­ti­que ; les notes d’éditeur sont appe­lées par un expo­sant numé­ri­que.

D’autres conven­tions relè­vent des prin­ci­pes géné­raux de l’édition : comme nous ne repré­sen­tons pas spa­tia­le­ment la page et ne figu­rons donc pas la suc­ces­sion des lignes (voir ci-après), il n’aurait été d’aucun sens de gar­der les guille­mets au long ; ils sont rem­pla­cés par des guille­mets ouvrants et fer­mants, mais nous signa­lons en note la pré­sence des guille­mets au long.

Comme pour tout volume des Œuvres com­plè­tes, nous indi­quons entre cro­chets le pas­sage d’une page à une autre29 : [f. 127r]… ; nous n’indi­quons pas les feuillets vier­ges : ce sont ceux qui n’appa­rais­sent pas. Nous avons numé­roté de notre pro­pre chef les talons sub­sis­tant dans le manus­crit, qui n’ont pas été folio­tés par la Bibliothèque natio­nale de France (nous leur don­nons le numéro du feuillet pré­cé­dent + la men­tion bis), afin de pou­voir les pren­dre en compte dans notre pré­sen­ta­tion du texte : ils témoi­gnent d’un état anté­rieur du manus­crit, cer­tains por­tent même des tra­ces de rédac­tion iden­ti­fia­bles. Ce sont donc des ves­ti­ges impor­tants.

L’ensem­ble des opé­ra­tions dont on vient de don­ner les jus­ti­fi­ca­tions et les prin­ci­pes entraî­nent un cer­tain nom­bre d’appli­ca­tions, qui vont être exa­mi­nées en détail.

4. Directives de transcription

1. Transcription des opé­ra­tions sim­ples d’écriture

Notre trans­crip­tion est linéaire et chro­no­lo­gi­que : elle ne cher­che pas à ren­dre la place des let­tres ou mots dans l’espace de la page, mais à repré­sen­ter la suc­ces­sion des opé­ra­tions d’écriture. Cela induit un cer­tain nom­bre de consé­quen­ces.

1. 1. Ce qui est barré dans l’imprimé l’est dans le texte manus­crit30 : xxxxxx. Quand un pas­sage a été barré en plu­sieurs fois, on le fait appa­raî­tre en inter­rom­pant la ligne bar­rée : xxxxxx xxx. Pour les numé­ro­ta­tions suc­ces­si­ves des cha­pi­tres, voir ci-après, 2. 3.

1. 2. Quand tout un pas­sage du manus­crit est biffé ou barré31, il appa­raît entre acco­la­des xxxxxx, avec en marge un trait ver­ti­cal. Cela per­met de faire appa­raî­tre ce qui a été raturé avant la déci­sion de faire dis­pa­raî­tre tout le pas­sage, et de gar­der une pré­sen­ta­tion plus claire.

1. 3. Quand le texte manus­crit est sou­li­gné, il est trans­crit en ita­li­ques, si ce sou­li­gne­ment était jus­te­ment des­tiné à signi­fier l’ita­li­que (par exem­ple dans des cita­tions) : xxxxxx.

1. 4. Quand un ou plu­sieurs mots du texte manus­crit sont sou­li­gnés afin d’atti­rer l’atten­tion sur la néces­sité d’une cor­rec­tion, il est trans­crit sou­li­gné ; quand ce sou­li­gne­ment est barré (la cor­rec­tion ayant été opé­rée), cela est expli­qué en note (voir ci-des­sous 2. 7).

1. 5. Quand une nou­velle rédac­tion uti­lise un ou plu­sieurs mots de la pré­cé­dente, on s’efforce de ren­dre compte de la reprise de ces mots et on ne trans­crit comme addi­tion que ce qui est effec­ti­ve­ment ajouté. Dans les rares cas où cette solu­tion posait trop de pro­blè­mes tech­ni­ques et ris­quait de ren­dre la lec­ture trop dif­fi­cile, nous avons signalé la dif­fi­culté en note.

1. 6. Les feuillets sont trans­crits, non pas sys­té­ma­ti­que­ment à leur place actuelle, mais selon leur ordre de rédac­tion, quand cela est pos­si­ble32. Cela s’appli­que entre autres aux pages de titre et à cer­tains débuts de cha­pi­tre, dont plu­sieurs, par un souci évident de lisi­bi­lité, ont été pla­cés (par Montesquieu ? par des lec­teurs pos­té­rieurs ? par la Bibliothèque natio­nale ?) soit juste après la page de titre défi­ni­tive, soit à la fin du livre ou du cha­pi­tre. Il en est de même de feuillets tota­le­ment reco­piés par d’autres (et donc « péri­més »), qui avaient été pla­cés après ceux-ci pour ne pas rom­pre la conti­nuité de la rédac­tion finale. Nous avons cha­que fois jus­ti­fié ce dépla­ce­ment.

1. 7. Les let­tres et mots bif­fés non déchif­frés sont indi­qués comme tels entre cro­chets et en ita­li­ques à leur place dans le texte, y com­pris pour des ratu­res mini­mes qui peu­vent être inter­pré­tées comme des erreurs, voire de sim­ples traits de plume. Quand un mot est raturé et réé­crit en rai­son du man­que d’espace ou de la mala­dresse de l’écriture, nous l’avons trans­crit tel quel. En revan­che, nous n’avons pas signalé les cas où plu­sieurs let­tres d’un mot sont déca­lées vers le haut ou le bas, faute de place à la fin d’une ligne.

1. 8. Les appels de notes sont sys­té­ma­ti­que­ment trans­crits après le mot sur lequel ils por­tent, même si sur le manus­crit cer­tains scrip­teurs ont l’habi­tude de le pla­cer avant.

2. Cas par­ti­cu­liers, notam­ment des « enri­chis­se­ments » de l’éditeur

2. 1. Les « mains » des dif­fé­rents inter­ve­nants, secré­tai­res ou copis­tes, et la main de Montesquieu lui-même, sont iden­ti­fiées par une let­tre de l’alpha­bet selon un réper­toire cons­ti­tué dans la troi­sième par­tie de notre intro­duc­tion, « De la main à la plume : les secré­tai­res de Montesquieu », à la suite des tra­vaux de Robert Shackleton et avec les modi­fi­ca­tions qui s’impo­saient. La main « de base » ou main prin­ci­pale, qui trans­crit le texte, est rap­pe­lée en expo­sant au début de cha­que page. Dans les notes, l’iden­ti­fiant du scrip­teur appa­raît sys­té­ma­ti­que­ment.

2. 2. L’ajout d’un élément au-des­sus, au-des­sous ou à côté de la ligne, est signalé, mais sans que sa posi­tion soit indi­quée : la modi­fi­ca­tion (ou l’ajout) est insé­rée sur la page par le secré­taire en fonc­tion de la place dis­po­ni­ble, non en rai­son d’une quel­conque inten­tion du scrip­teur ou de l’auteur.

2. 3. Quand les mots ou let­tres ajou­tés dans le manus­crit sont peu nom­breux, ils appa­rais­sent enca­drés par deux bar­res |xxxxxx|, sans qu’il soit besoin de pré­ci­ser qu’on revient ensuite au secré­taire anté­rieur (secré­taire « de base » de la page : voir ci-des­sus 2.1). Les bar­res mon­trent que l’ajout est limité. Dans le cas de « varian­tes liées »33 (par exem­ple pas­sage d’un sujet mas­cu­lin à un sujet fémi­nin, ou d’un sujet sin­gu­lier à un sujet plu­riel, ce qui entraîne en cas­cade des modi­fi­ca­tions d’accord), on ne pré­cise pas que tou­tes les modi­fi­ca­tions sub­sé­quen­tes ou paral­lè­les sont dues au même secré­taire (on ne signa­lera que le cas, rare, où un autre secré­taire modi­fie des accords impar­faits ou intro­duit des cor­rec­tions paral­lè­les).

La flè­che vers le haut ↑, obli­ga­toi­re­ment sui­vie du signe + qui mar­que la fin de l’inter­ven­tion, n’est uti­li­sée que pour les addi­tions ou cor­rec­tions d’une cer­taine lon­gueur (quelle qu’en soit la posi­tion, au-des­sus, au-des­sous ou à côté de la ligne) ; après le signe +, appa­raît l’iden­ti­fiant du secré­taire « de base » (sauf si l’addi­tion ou la cor­rec­tion est du même secré­taire). Dans cer­tains cas où les addi­tions sont nom­breu­ses et sur­tout encla­vées les unes dans les autres, l’usage alterné de flè­ches et de bar­res ver­ti­ca­les per­met de mieux les repé­rer.

Les renu­mé­ro­ta­tions des cha­pi­tres (ou des livres) sont cons­ti­tuées par défi­ni­tion de chif­fres sup­pri­més et rem­pla­cés par d’autres : nous n’avons pas jugé utile de les faire appa­raî­tre avec les signes dia­cri­ti­ques évoqués ci-des­sus. Tout chif­fre à droite d’un autre chif­fre barré est réputé le cor­ri­ger, quelle que soit sa posi­tion effec­tive sur sa page (le degré de cer­ti­tude, et sur­tout d’incer­ti­tude concer­nant l’ordre de cer­tains chif­fres, est sou­vent indi­qué en note).

2. 4. Les mots en sur­charge ne sont pas signa­lés comme tels : la pre­mière ver­sion est bar­rée, la seconde pla­cée à la suite enca­drée par des bar­res ver­ti­ca­les, comme pour n’importe quelle cor­rec­tion (voir 2.3) : comme la posi­tion au-des­sus ou à côté de la ligne, la sur­charge n’a aucun sens par elle-même ; elle signi­fie seu­le­ment que le secré­taire a placé la cor­rec­tion là où il le pou­vait. Les sur­char­ges ne sont signa­lées (en note) que si elles nous ont empê­chée de déchif­frer la ver­sion pré­cé­dente

2. 5. Une abré­via­tion notée par un tilde ou une barre hori­zon­tale au-des­sus du mot est trans­crite, c’est-à-dire déve­lop­pée, entre bar­res obli­ques xxxxxx ; exem­ple : « comme » pour « coe » (sur­monté d’une barre) ; la quasi-tota­lité des autres abré­via­tions (rares par ailleurs) étant évidente (pr au lieu de pour, -tn pour la finale en -tion, -mt pour la finale en -ment), il n’est pas besoin de res­ti­tuer la forme pleine ; dans le cas d’abré­via­tions en latin, notam­ment, nous les avons déve­lop­pées entre cro­chets droits.

2. 6. Les signes de rac­cord (qui figu­rent la plu­part du temps dans les manus­crits de Montesquieu sous forme de chif­fre entre paren­thè­ses, une pre­mière fois là où le texte s’arrête, une deuxième là où il reprend) sont expli­qués en note (avec ren­voi au pas­sage relié par le rac­cord), et non pas tels qu’ils figu­rent dans le texte.

2. 7. Les signes méta­tex­tuels sont signa­lés en note et expli­qués : le prin­ci­pal est une croix cer­clée pla­cée en marge, en face du mot à cor­ri­ger (lui-même sou­vent sou­li­gné) ; il est expli­cité comme « appel à cor­rec­tion biffé » (avec en note jus­ti­fi­ca­tion de l’appel à cor­rec­tion ou de la cor­rec­tion elle-même)34.

Les signes indi­quant la conti­nuité d’une ligne (un trait continu, par­fois dou­ble) ne sont pas trans­crits tels quels, mais leur sens est res­pecté. Il en est de même pour l’indi­ca­tion « ali­néa » ou « à la ligne » (qui n’a pu être pla­cée en marge, car elle n’est pas tou­jours claire), mais elle est signa­lée et par­fois déve­lop­pée en note. Certains cha­pi­tres (ou par­ties de cha­pi­tre) com­por­tent une pagi­na­tion d’ori­gine, due au fait qu’ils ont été cons­ti­tués de manière auto­nome ; les chif­fres de cette pagi­na­tion ne sont pas repro­duits à leur place (ils n’ont plus de signi­fi­ca­tion à cette étape de la rédac­tion), mais ils sont signa­lés (et exploi­tés) en note, voire aussi en intro­duc­tion.

2. 8. Les notes de régie (= com­men­taire méta­tex­tuel des­tiné à l’auteur ou au secré­taire, et non à l’impres­sion) appa­rais­sent en marge, quelle que soit leur pré­sen­ta­tion (en marge, en tête de cha­pi­tre – ce qui est signalé en note –, enca­drées ou non). Quand elles sont inté­grées à une note, cette dis­po­si­tion, qui ris­quait de poser des pro­blè­mes quasi insur­mon­ta­bles de mise en page, est sup­pri­mée ; elles appa­rais­sent alors en gras : xxxxxx.

2. 9. Les men­tions « para­si­tes » (tra­ces de réem­ploi, grif­fon­na­ges sans rela­tion avec le texte, etc.), anté­rieu­res ou pos­té­rieu­res au texte, ne sont en aucun cas pré­sen­tes dans la trans­crip­tion : elles sont signa­lées dans une rubri­que spé­ciale (« Signes anté­rieurs ou pos­té­rieurs à la rédac­tion, et signes para­si­tes »), à la fin de l’intro­duc­tion de cha­que livre, et éventuellement inter­pré­tées35. L’un d’entre eux méri­te­rait un trai­te­ment par­ti­cu­lier : un I ou un 1 biffé qu’on trouve en tête de la plu­part des cha­pi­tres trans­crits par le secré­taire I. Nous l’avons signalé dans un cas par­ti­cu­lier (réem­ploi d’un mor­ceau de pré­face aban­donné au livre IX), mais sans pou­voir l’exploi­ter pour le moment.

2. 10. Quand une phrase bif­fée figure sur deux pages dif­fé­ren­tes, elle est trans­crite en continu dans sa tota­lité, avec indi­ca­tion du chan­ge­ment de page à sa place ; quand sa cor­rec­tion com­mence sur la pre­mière page, celle-ci figure à la suite de la ver­sion bar­rée, mais avec rap­pel du numéro du feuillet ini­tial, en ita­li­ques pour que le lec­teur voie qu’on a inter­rompu la suc­ces­sion nor­male des feuillets, et avec indi­ca­tion du chan­ge­ment de page au cours de la nou­velle rédac­tion, également en ita­li­ques : [f. 127v]…… [f. 128r]

2. 11. Quand un appel de note ne ren­voie à aucune note, deux cas ont été dis­tin­gués : si dans l’imprimé la note existe, à l’empla­ce­ment de la note on indi­que : « [pas de texte de note] » ; si ce n’est pas le cas, on signale en note : « Appel de note sans note. » En effet on sup­pose alors que c’est le pro­jet même d’intro­duire une note qui a été aban­donné, peut-être immé­dia­te­ment.

2. 12. Dans les quel­ques cas où un pas­sage est si for­te­ment cor­rigé que la trans­crip­tion en devient dif­fi­ci­le­ment com­pré­hen­si­ble, on a fait appa­raî­tre au-des­sous de la trans­crip­tion la « pre­mière ver­sion » et la « der­nière ver­sion » (i.e., pre­mière et der­nière sur le manus­crit).

2. 13. Apparaissent en « grisé » les pas­sa­ges qui dif­fè­rent de l’imprimé (Genève, Barrillot & Fils, 1748, 2 tomes). Cela ne signi­fie pas que l’impri­meur a com­mis une erreur ou s’est déli­bé­ré­ment écarté du texte de Montesquieu, puis­que ce manus­crit n’est pas celui qui a été envoyé à Genève, mais que le lec­teur est invité à confron­ter le manus­crit avec cette ver­sion de l’imprimé.

Quand la dif­fé­rence est due à une erreur mani­feste de l’imprimé 36 (cor­ri­gée dans les errata ou dans les éditions de 1749-1750), nous l’avons signalé en note, sans gri­ser le pas­sage cor­res­pon­dant.

3. Annotation de l’éditeur

Celle-ci est dou­ble : elle pré­sente des remar­ques d’ordre tex­tuel, expli­quant cer­tai­nes par­ti­cu­la­ri­tés de trans­crip­tion que l’on a vues ci-des­sus, et d’autres rele­vant de l’érudition. Afin d’éviter tout dou­ble emploi avec l’édition de L’Esprit des lois imprimé, ne font l’objet de notes que les pas­sa­ges absents de celui-ci.

Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1964

Voir ci-dessous 2.13. Evidemment on ne peut représenter ainsi les cas où Montesquieu ajoute un chapitre, voire un livre entier entre ce manuscrit et l’imprimé, comme c’est le cas pour plusieurs dizaines de pages.

A ces raisons on ajoutera que ne pas mettre en relation le manuscrit et l’imprimé aurait constitué une importante régression par rapport aux deux dernières éditions critiques de L’Esprit des lois, celles de Brethe de La Gressaye (1950-1961) et de Derathé (1973), qui en fournissaient d’importants extraits (voir à ce sujet notre annexe A.1), et laisser le lecteur faire lui-même des rapprochements – ce qui est précisément le travail de l’éditeur.

Voir le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Avait été exclue d’emblée la reproduction en fac-similé de ces trois mille pages, dont beaucoup sont aérées afin de laisser place aux modifications ultérieures, et plusieurs vierges en raison de l’introduction de feuillets nouveaux à demi utilisés.

Voir les troisième et quatrième parties de notre introduction.

Trente-trois feuillets sur quinze cents sont entièrement ou partiellement de la main de Montesquieu. Nous ne méconnaissons pas les particularités de ces pages, que nous avons étudiées ailleurs (« ‘Une plume trempée dans le sang…’ : écriture et sensibilité chez Montesquieu », Du goût à l’esthétique : Montesquieu, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2007, p. 125-146.) ; mais celles-ci ne peuvent être examinées qu’avec de fortes contraintes méthodologiques. Et surtout nous n’avons rien décelé qui permette de considérer l’écriture autographe comme un « sismographe » trahissant par sa topographie, ses ductus ou leurs variations, des émotions ou des intentions particulières : le seul facteur décisif pour Montesquieu est le choix de prendre lui-même la plume.

La topographie n’a été évidemment respectée que dans le cas des notes de régie, qui ne sont jamais appelées, et qui figurent toujours en marge.

Sauf quand il induit une mauvaise lecture du manuscrit qui passe dans l’imprimé – ce qu’une note se doit d’expliciter.

Voir notre annexe A.5, « La biographie, un miroir déformant ».

Voir Almuth Grésillon, Eléments de critique génétique. Lire les manuscrits modernes (Paris, PUF, 1994), dont nous reprenons en plusieurs cas les notions fondamentales comme la terminologie.

Voir Ms 2506/7, f. 6r : « *Faire voir ce que dans la meme nation qui dans divers païs s’établit par la conquete et qui y porte ses loix la religion et le climat ont mis de differences. […] » (cela correspond au développement des feuillets 3-5) ; voir aussi Ms 2506/14, f. 9. Mais de telles notes sont quasiment exceptionnelles.

Jean Ehrard, « La chaîne de L’Esprit des lois », chap. XI de L’Esprit des mots. Montesquieu en lui-même et parmi les siens (Genève, Droz, 1998, p. 179-192, 1re publication sous le titre « Esthétique et philosophie des Lumières : la ‘chaîne’ de L’Esprit des lois », Lendemains 62, 1991).

En ce sens, L’Esprit des lois est au moins aussi labile ou souple qu’une œuvre romanesque, quand celle-ci est sous-tendue par une chronologie ou une intrigue.

Voir notre introduction aux Geographica.

Sur cette question, voir notre annexe A5, « La biographie, un miroir déformant ».

Nous avons quelquefois repris par commodité cette appellation, qui ne convient pas à la totalité du dossier.

Voir C. Volpilhac-Auger, « Montesquieu, l’œuvre à venir », Revue Montesquieu 4 (2000), p. 5-26 (http://montesquieu.ens-lyon.fr/spip…)

Voir l’ouvrage dirigé par J.-L. Lebrave et A. Grésillon, Ecrire aux XVIIe et XVIIIe siècles. Genèses de textes littéraires et philosophiques (Paris, CNRS Editions, 2000), qui souligne la minceur de la bibliographie sur le sujet – les rares ouvrages qui en traitent portant surtout sur la circulation et la diffusion d’ouvrages manuscrits plutôt que sur les manuscrits d’auteur.

Pour chaque livre à partir du cinquième (les précédents n’offrant aucun phénomène remarquable sur ce plan), afin d’éclairer la composition, nous présentons sous forme de tableau chronologique le détail des chapitres. Entre crochets droits, les numérotations biffées, pour autant qu’elles soient lisibles et assignables à un secrétaire (quand le cas est douteux, ou l’attribution seulement probable, le chiffre est en italiques). L’attribution initiale est déterminée par la main qui a écrit l’intitulé et le numéro du chapitre (quand un chapitre est composé essentiellement par un autre secrétaire, nous commentons le fait). Les particularités de chaque livre ont parfois rendu nécessaire l’introduction d’autres conventions (ainsi, quand il a été impossible de déterminer la ou les mains responsables d’un trop grand nombre de numérotations). Celles-ci sont chaque fois signalées et explicitées.

De ce point de vue, le cas de Rousseau (lui-même copiste) apparaît comme une exception.

Ce qui n’est pas forcément valable pour d’autres volumes des œuvres de Montesquieu, car il faut adapter les normes et directives de transcription à la nature même des textes (c’est-à-dire à leur statut comme à leur présentation matérielle).

Nous avons par exemple restitué une ou plusieurs lettres manquantes dans tous les cas où le lecteur pouvait croire à une inattention de notre part (par exemple pour un accord incomplet), et quand la compréhension pouvait faire problème, mais non pour aligner l’orthographe sur des formes normalisées (ainsi longeur, vigeur, naviger, restent tels quels ; qun apparaît sous la forme q[u]’un). Nous l’avons fait également en cas d’altération du papier ; la raison en est alors signalée.

Tout en étant consciente qu’il s’agissait d’un cas-limite, nous avons également rétabli la capitale initiale pour les titres d’ouvrages cités, comme il en subsiste une dans les exemples suivants : « dans le testament politique du maréchal de Richelieu », « dans les loix de Platon », « dans l’histoire de… ». Nous avons alors privilégié l’intention de Montesquieu au détriment du point de vue du scripteur ou du lecteur, amené à s’interroger sur la nature exacte de ces mots.

Seule exception à ce principe : un des secrétaires les plus soigneux (celui qui sans aucun doute a recopié le manuscrit pour l’envoi à Genève) distingue très scrupuleusement majuscules et minuscules, notamment pour les mots où cela importe au sens : Etre, Etat (ce qui ne l’empêche pas de commettre des erreurs dans leur emploi). Nous avons respecté ce soin, en le signalant en note.

De même, nous n’avons pas considéré que dans l’écriture autographe, le i en position finale, qui paraît assorti d’un jambage, devienne pour autant un j, que ne justifient ni la prononciation, ni l’étymologie, ni les usages orthographiques du temps : il s’agit d’une pure et simple habitude graphique, qui oriente le ductus vers le bas en fin de mot. On observe également constamment chez Montesquieu, qui applique parfaitement la règle d’accord des pluriels, que les finales en –fs apparaissent sous la forme –f , dont la seule particularité est de rendre légèrement plus visible la barre horizontale. Nous avons considéré qu’il s’agissait là encore d’une habitude graphique faisant de ce f à peine différent du caractère ordinaire l’équivalent de fs, et l’avons donc transcrit comme tel.

S’il subsiste des difficultés d’interprétation, le texte du manuscrit peut toujours être confronté à celui de l’imprimé, qui en constitue une interprétation, à défaut de proposer la seule et unique solution à tous les problèmes.

Comme on le voit dans les différentes éditions de L’Esprit des lois : entre celle de 1748 et celle de 1757, la marge est considérable, les virgules étant fréquemment transformées en points-virgules, les deux-points et points-virgules eux-mêmes transformés en points. Voir également Philip Stewart, « Le devoir d’intervention : points, virgules, etc. dans les Lettres persanes », Montesquieu en 2005, p. 60-78.

Dans le manuscrit, elles sont appelées par un trait vertical barré d’un ou de plusieurs traits horizontaux, selon leur rang dans la page, et figurent toujours en marge, pour des raisons évidentes de commodité. Nous n’avons pas conservé cette disposition, afin de réserver la marge aux notes de régie.

Sur l’ordre de succession des feuillets, voir ci-après 1.6.

Pour les mots en surcharge, voir ci-dessous 2.4.

Cette convention pourrait permettre de différencier le type de rature, si on distingue le barré (par un trait continu masquant les mots) du biffé ou cancellé (par des traits en travers de la page) ; l’accolade pourrait alors être réservée à ce deuxième type d’annulation. En fait il a paru plus important de rendre compte de l’intention de l’auteur que du mode opératoire du secrétaire : il arrive en effet qu’une page entière soit supprimée par un trait continu sur les mots. L’intention de l’auteur porte bien alors sur la composition d’ensemble du passage, non sur le détail de la rédaction.

Cela ne l’est pas quand la fin du feuillet est utilisée.

Selon la terminologie exposée dans Almuth Grésillon, ouvrage cité ci-dessus note 7.

Nous ne sommes pas absolument sûre de l’interprétation à donner à une barre oblique (/), en fin de ligne : signe d’une fin d’alinéa ? Nous indiquons chaque fois ce signe.

C’est notamment le cas de toutes les mentions postérieures à Montesquieu, traces de travaux souvent influencés par l’imprimé.

Voir C. Volpilhac-Auger, Un auteur en quête d’éditeurs ? Histoire éditoriale de l’œuvre de Montesquieu (1748-1964), ENS Editions (« Métamorphoses du livre »), 2011, avec la collab. de G. Sabbagh et F. Weil.