Montesquieu
Genèse de L’Esprit des lois

Le livre XI de L’Esprit des lois (manuscrit)

Transcription, annotations et commentaire

La trans­crip­tion inté­grale du manus­crit de L’Esprit des lois conservé à la Bibliothèque natio­nale de France cons­ti­tue les tomes III et IV des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu (C. Volpilhac-Auger éd., Oxford, Voltaire Foundation, 2008).

Les réfé­ren­ces de page ren­voient à cette édition.

L’ensem­ble com­prend des intro­duc­tions et des annexes (p. I-CCLI et 897-929), per­met­tant de com­pren­dre les spé­ci­fi­ci­tés du manus­crit et les métho­des de tra­vail et de com­po­si­tion de Montesquieu.

Chaque livre est accom­pa­gné d’une étude intro­duc­tive appro­fon­die : genèse, évolution, rap­port avec l’imprimé et avec l’ensem­ble de l’œuvre.

Pour les conven­tions de trans­crip­tion, voir Principes de l’édition cri­ti­que du manus­crit de L’Esprit des lois (4. Directives de trans­crip­tion) http://mon­tes­quieu.ens-lyon.fr/spip…

Pour sui­vre l’actua­lité de l’édition des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu : http://mon­tes­quieu.ens-lyon.fr/spip…

Livre XI

Montesquieu . De l

Montesquieu . De l’Esprit des Lois. NAF 12833

Source : gal­lica.bnf.fr

La trans­crip­tion, sous forme de docu­ments pdf télé­char­gea­bles, figure à la fin de l’arti­cle.

Introduction

Le livre XI est sans doute le plus com­plexe de tout le manus­crit de L’Esprit des lois, d’abord du fait de sa lon­gueur : pres­que cent vingt feuillets (soit pres­que 10% de l’ensem­ble), à peine moins que le livre XXI, alors que dans l’imprimé il est moi­tié moins long ; le livre V, qui est à peine plus court dans l’imprimé, tient sur moi­tié moins de feuillets.

Cette dis­pro­por­tion, qui cons­ti­tue un cas uni­que, s’expli­que faci­le­ment : pour le cha­pi­tre 12, qui dans l’imprimé sera sub­di­visé en huit cha­pi­tres (12-19), Montesquieu a conservé plu­sieurs ver­sions suc­ces­si­ves, la ver­sion « défi­ni­tive » (celle qui sera reco­piée en 1747 et que l’on trou­vera assez pro­che de l’état imprimé) occu­pant les feuillets 211-249 et 269-273 ; à par­tir du feuillet 202, tous les autres feuillets, soit trente, sont des brouillons, conti­nus ou non, où l’on trouve une ou deux fois les pas­sa­ges qui seront cor­ri­gés ou ampli­fiés pour la ver­sion finale.

Le quart du livre XI est donc cons­ti­tué de ver­sions reje­tées ; par ailleurs nom­bre de feuillets sont bif­fés pres­que entiè­re­ment, et conser­vés parce qu’une ou quel­ques lignes en sont réu­ti­li­sées1.

Est-ce à dire que la ges­ta­tion en fut par­ti­cu­liè­re­ment labo­rieuse ? L’appa­rence pour­rait être trom­peuse, ou plu­tôt il faut éviter de confon­dre nos impres­sions de lec­teurs, déconcer­tés par la masse docu­men­taire comme par l’absence d’indi­ca­tions lais­sées par l’auteur, et la com­plexité intrin­sè­que du pro­ces­sus d’écriture. Celle-ci n’est pas nia­ble, mais elle ne doit pas être sures­ti­mée ou jugée a priori supé­rieure à celle des autres livres de L’Esprit des lois : quand nous dis­po­sons d’une ver­sion sans rature, celle-ci est for­cé­ment issue d’un che­mi­ne­ment qui avait toute chance d’être tout aussi tor­tueux que celui dont nous avons les tra­ces pour le livre XI – sinon, pour­quoi se livrer à un reco­piage ? C’est dans ce livre que nous avons le plus de trace de pas­sa­ges dic­tés (et donc d’hési­ta­tions), alors qu’une grande par­tie du manus­crit est cons­ti­tuée de reco­pia­ges. La spé­ci­fi­cité de ce livre est plu­tôt de nous pré­sen­ter le tra­vail sur le vif.

De sur­croît, l’exa­men des écritures per­met de nuan­cer le juge­ment. Il a été sou­vent répété que le cœur de ce livre, voire de L’Esprit des lois, le cha­pi­tre 6 qui ana­lyse la « cons­ti­tu­tion d’Angleterre », remonte à une époque ancienne, puisqu’il est de l’écriture E ; or le quart seu­le­ment de l’ensem­ble, envi­ron trente feuillets cor­res­pon­dant aux cha­pi­tres 2 et 5-7, date d’une période anté­rieure à l’inter­ven­tion de L (1743-1744) ; doi­vent être attri­bués à ce secré­taire seu­le­ment deux cha­pi­tres (par­tiel­le­ment), mais ils ont l’avan­tage de per­met­tre de dater assez pré­ci­sé­ment la relec­ture, car le papier est de type péri­gour­din donc « bor­de­lais » 2 – alors qu’au livre pré­cé­dent, le papier uti­lisé par L était « pari­sien ». C’est donc en Bordelais que Montesquieu a pro­cédé à la relec­ture du livre XI, que l’on peut donc dater de l’automne 1743.

Quant à la par­tie la plus impor­tante quan­ti­ta­ti­ve­ment, près de qua­tre-vingts feuillets, elle est très pré­ci­sé­ment data­ble de 1745, année où inter­vien­nent simul­ta­né­ment les secré­tai­res N et N’, dont les écritures s’entre­la­cent en se cor­ri­geant mutuel­le­ment. La mise au point des huit der­niers cha­pi­tres, ou plu­tôt de l’inter­mi­na­ble cha­pi­tre 12 qui sera ulté­rieu­re­ment scindé en huit, n’occupe donc que quel­ques mois – même si nous devons tenir compte du fait que plu­sieurs pages dues à N et à N’ cons­ti­tuent de sim­ples reco­pia­ges issus de tra­vaux qui peu­vent être bien anté­rieurs. La numé­ro­ta­tion finale de tous les cha­pi­tres est de N’ ; elle ne dif­fère de l’imprimé que pour le cha­pi­tre 12 : jusqu’en 1747, Montesquieu n’a donc retra­vaillé la struc­ture du livre qu’en opé­rant la scis­sion du cha­pi­tre final (sans modi­fier l’ordre du texte), et pour l’imprimé il se contente d’ajou­ter un cha­pi­tre, le der­nier (20, « Fin de ce livre »). Le livre XI pré­sente donc la carac­té­ris­ti­que d’offrir à la fois des éléments très anciens (qui ne subis­sent pres­que aucune modi­fi­ca­tion) et ceux qui ont trouvé leur forme défi­ni­tive en quel­ques mois.

La rela­tion avec le livre XII mérite d’être d’ores et déjà posée ; en effet, celui-ci intro­duit avec force, mais assez tar­di­ve­ment (mains L et N), aux cha­pi­tres 1 et 2, la dis­tinc­tion avec le pré­cé­dent ; avant 1742, puis­que H inter­vient après lui, Montesquieu avait ins­crit un titre très géné­ral : « MDu raport des loix avec la liberté dans les divers gou­ver­ne­ments ; Het ce qu’elles peu­vent faire pour en favo­ri­ser l’esprit »3. C’est avec l’inter­ven­tion de L qu’appa­raît le « rap­port avec le citoyen » qui fonde dès le titre la spé­ci­fi­cité du livre XII, et c’est sans doute de cette période qu’il faut dater la sépa­ra­tion des deux livres4, même si l’absence de page de titre pour le livre XI rend plus dif­fi­ci­les les conjec­tu­res. On en trouve confir­ma­tion dans l’exa­men du livre XII, où la notion même de citoyen (le terme étant le plus sou­vent employé au sin­gu­lier, de manière géné­ri­que), appa­raît quel­que­fois sous la plume de H5, mais beau­coup plus sys­té­ma­ti­que­ment et de manière carac­té­ri­sée chez L, N ou N’, avec les défi­ni­tions des pre­miers cha­pi­tres et des for­mu­les à por­tée géné­rale6 qui ne sont donc pas anté­rieu­res à 1743. Ainsi il paraît pro­ba­ble qu’après août 1743 (puis­que tous les ajouts de L sont sur papier « bor­de­lais »7), les cha­pi­tres consa­crés à la liberté du citoyen ont dû pren­dre leur auto­no­mie. C’est ce que cor­ro­bore également la numé­ro­ta­tion fluc­tuante de la page de titre du livre XII (11/9/10/11), qui saute à 13 au temps de L, quand elle ne porte plus que sur ce livre et doit donc lais­ser place au livre XI, et que s’inter­cale un autre livre qui modi­fie d’un rang de nom­breu­ses numé­ro­ta­tions.

Composition d’ensem­ble

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Ce tableau mon­tre que le livre (dont la page de titre, rap­pe­lons-le, est absente8) a compté jusqu’à quinze cha­pi­tres (du moins avant la scis­sion d’avec le livre XII), mais on peut en tirer bien d’autres ensei­gne­ments. Le pre­mier cha­pi­tre (N’) entraîne une renu­mé­ro­ta­tion sub­sé­quente des cha­pi­tres plus anciens mais aussi d’autres cha­pi­tres de la même main : il a donc été intro­duit tar­di­ve­ment, mais avant l’appa­ri­tion du dou­zième qui, lui, n’a pas été renu­mé­roté ; le livre s’ouvrait ini­tia­le­ment avec l’actuel cha­pi­tre 2, « Diverses signi­fi­ca­tions don­nees au mot de liberté ». Le cha­pi­tre 1 per­met en fait de ren­for­cer la conti­nuité (et la dif­fé­ren­cia­tion) des livres XI-XII, énoncée au début du cha­pi­tre 1 du livre XII (dès 1743-1744, main L), sans rien modi­fier à la pré­sen­ta­tion du livre XI : on a déjà cons­taté qu’à l’époque de N’ se mani­feste pour les livres IX et X un même souci de ren­for­cer rhé­to­ri­que­ment la struc­tu­ra­tion de livres suc­ces­sifs ; de plus, après 1743, Montesquieu sou­hai­tait ren­for­cer la dif­fé­rence entre les deux livres récem­ment sépa­rés.

La forte conti­nuité de la fin du cha­pi­tre 2 et du début du cha­pi­tre 3, et sur­tout la pre­mière numé­ro­ta­tion du cha­pi­tre 5, indi­quent que les cha­pi­tres 3-4, des mains N’ et N, plu­tôt que des inter­ven­tions tar­di­ves, sont des repri­ses de cha­pi­tres anté­rieurs, datant au moins de 1743 (date de la main I). Ils étaient dès cette époque immé­dia­te­ment sui­vis du cha­pi­tre 5, qui est for­te­ment uni au cha­pi­tre 69, un des plus anciens, puisqu’il porte un titre et un numéro de la main G et inclut de longs pas­sa­ges de E10. Ce cha­pi­tre a été plu­sieurs fois déplacé, mais à une époque (celle de H) qui n’a guère laissé de tra­ces dans ce livre ; il a été 14e comme le 7e a été 15e ; ces deux cha­pi­tres appa­rais­sent soli­dai­res : de la même main G, ils sont for­te­ment unis par la tran­si­tion « Les monar­chies que nous connois­sons n’ont pas comme celle dont nous venons de par­ler […] » (f. 188r, début du cha­pi­tre 7). Or cette for­mule, cor­ri­gée par N’, était à l’ori­gine « …comme cel­les dont… ». De même, à la fin du cha­pi­tre 9, on trouve un pas­sage biffé : « Les anciens qui ne connois­soient pas la dis­tri­bu­tion des trois pou­voirs que nous avons vû dans quel­ques monar­chies moder­nes » (f. 194v ; écrit et cor­rigé par N’). Montesquieu aurait donc étudié la dis­tri­bu­tion des pou­voirs et la liberté d’un autre pays que l’Angleterre, dans un déve­lop­pe­ment qui exis­tait en 1741 et qui a été conservé jusqu’en 1745 ? Cette autre « monar­chi[e] modern[e] » ne serait-elle pas la France ? Mais cette ana­lyse, qui aurait été un brû­lot, aurait dû lais­ser des tra­ces dans le cor­pus non publié de Montesquieu. S’agit-il de l’Italie, de la Suède, de la Pologne11. … ?

En fait l’expres­sion « monar­chies moder­nes » peut tout aussi bien dési­gner cel­les qui se sont impo­sées en Europe après la chute de l’empire romain12, ce qui fai­sait l’objet du cha­pi­tre 8 – on y revien­dra, car ce cha­pi­tre se révèle par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant si l’on en exa­mine en détail la com­po­si­tion. Constatons pour le moment que le cha­pi­tre 7, « Des monar­chies que nous connois­sons », était jusqu’en 174113 placé à la fin du livre, et cons­ti­tuait donc sa conclu­sion.

Le cha­pi­tre 8, qui a donc pu à une cer­taine période pré­cé­der les actuels cha­pi­tres 6 et 7, prend une autre orien­ta­tion, puisqu’il éprouve la dis­tinc­tion des pou­voirs à tra­vers des gou­ver­ne­ments anciens ; il porte un inti­tulé de N’ ; mais ce secré­taire n’a fait sans doute que repren­dre au pre­mier feuillet un maté­riau exis­tant : dès le second feuillet du cha­pi­tre (f. 190), appa­raît la main L, qui se rac­cro­che à la rédac­tion de G (f. 193) et pour­suit un déve­lop­pe­ment qui fina­le­ment dis­pa­raît14. Il était sans doute suivi de l’actuel cha­pi­tre 11, dont les deux renu­mé­ro­ta­tions (il était ini­tia­le­ment 9e, puis 10e) pro­vien­nent de l’appa­ri­tion en 1745 des cha­pi­tres 9 et 10, « Manière de pen­ser d’Aristote » et « Continuation du même sujet », ce der­nier cons­ti­tué en fait de la fin du cha­pi­tre 915 … Rappelons d’abord que le pré­sent manus­crit ne peut révé­ler que l’époque à laquelle un texte a été reco­pié, et plus rare­ment celle où il a été écrit16. Que Montesquieu ait pu écrire ce cha­pi­tre à son retour d’Angleterre (prin­temps 1731), voire en Angleterre même, ce n’est pas impos­si­ble ; mais tout ce qu’on peut tirer du manus­crit et de la trans­crip­tion par le secré­taire E, c’est qu’il a été écrit et reco­pié au plus tard au début de 1739 (date de fin d’acti­vité du secré­taire), et qu’il a pu être reco­pié à par­tir de 1734, et écrit à une date indé­ter­mi­née, à par­tir du voyage en Angleterre. La seule rai­son qu’on ait de le dater plus pré­ci­sé­ment, c’est le témoi­gnage de Jean Baptiste de Secondat : lors de la publi­ca­tion des Romains, « le livre sur le gou­ver­ne­ment d’Angleterre, qui a été inséré dans L’Esprit des lois, était fait alors, et M. de Montesquieu avait eu la pen­sée de le faire impri­mer avec les Romains. »17. Rien n’a jamais per­mis d’infir­mer ou de confir­mer cette thèse, Secondat se mon­trant par ailleurs aussi excel­lent infor­ma­teur que négli­gent témoin. On se conten­tera de conclure que la date de 1733 ou 1734 est pos­si­ble voire pro­ba­ble, mais non assu­rée.

Ce cha­pi­tre est intro­duit par le secré­taire G, lui-même for­te­ment cor­rigé par H et par la main de Montesquieu, de manière à en ren­dre le titre plus sim­ple, et peut-être à piquer davan­tage la curio­sité, non sans pas­ser par plu­sieurs étapes qui en modi­fient la por­tée concep­tuelle18. L’inter­ven­tion de G sert d’abord à rac­cor­der ou plu­tôt inté­grer à la struc­ture de L’Esprit des lois ce qui du temps de E consis­tait en un déve­lop­pe­ment auto­nome, doté d’une folio­ta­tion d’ori­gine (f. 164-181) ; le pre­mier feuillet, rem­placé par l’inter­ven­tion de G (f. 163), a dis­paru – mais comme on s’en aper­çoit par le jeu des rac­cords et des bif­fu­res, G ajoute une défi­ni­tion de la liberté poli­ti­que comme « opi­nion que cha­cun a de sa liberté » qui ne se trou­vait pas dans la ver­sion E. Le sui­vant (f. 164 folioté 2) ouvre une série de dix-sept feuillets, qui ne com­por­tent pres­que aucune rature et ne seront pas davan­tage modi­fiés en pas­sant dans l’imprimé19.

Ils sont folio­tés en continu jusqu’au feuillet 181 (folioté 17), mais avec deux inter­rup­tions : les feuillets 170-171 (Depuis « gou­verné par lui-même » jusqu’à « reso­lu­tions acti­ves »), de la main H relayée par la main L, rem­pla­cent le feuillet 8, qui a dis­paru, et dont le texte, qui porte sur la repré­sen­ta­tion du peu­ple, dou­ble alors au moins de lon­gueur20 ; le feuillet 176, en revan­che, ne rem­place rien (il com­mence par la pre­mière ligne du feuillet sui­vant, qui de ce fait est bif­fée), mais vient s’inter­ca­ler pour ampli­fier le déve­lop­pe­ment consa­cré à la neces­sité de renou­ve­ler le corps légis­la­tif21.

Le déve­lop­pe­ment ini­tial était plus long, mais il ne peut être recons­ti­tué : il ne sub­siste dans la suite du cha­pi­tre, soit six feuillets, qu’un seul de la main E, sur le rôle des armées22. Cette par­tie n’en est pas moins rela­ti­ve­ment ancienne, puisqu’aucun pas­sage n’est pos­té­rieur à 174323, un seul feuillet étant de G (f. 185) ; les qua­tre autres sont reco­piés par I (1743) ; c’est alors qu’est opé­rée la syn­thèse finale sur les rela­tions du dou­ble corps légis­la­tif et de la puis­sance exé­cu­trice qui se contien­nent mutuel­le­ment (f. 182-183), et que le cha­pi­tre se conclut en pla­çant l’Angleterre moderne dans la conti­nuité des Germains de Tacite, et en ins­cri­vant son ave­nir dans la pers­pec­tive de « tou­tes les cho­ses humai­nes » – ce qui rat­ta­che le cha­pi­tre, comme à son début, au des­sein de L’Esprit des lois.

Chapitre 12

Le cha­pi­tre 12 a sus­cité moins de com­men­tai­res – on com­pren­dra aisé­ment pour­quoi. Il se pré­sente (outre les feuillets reje­tés) comme un déve­lop­pe­ment de plus de qua­tre-vingts pages qui par­court six siè­cles d’his­toire, de la Rome royale jusqu’à la fin de la République, et dont la ver­sion finale sera reco­piée sans dif­fé­ren­ces majeu­res pour l’envoi à l’impri­meur – sinon la sub­di­vi­sion en cha­pi­tres, qui ren­force la struc­tu­ra­tion chro­no­lo­gi­que de cet ensem­ble24, pour mieux en faire res­sor­tir la struc­tu­ra­tion thé­ma­ti­que aux beaux temps de la répu­bli­que25 : sim­ple arti­fice rhé­to­ri­que, voire typo­gra­phi­que, puisqu’il suf­fit alors d’ajou­ter un titre sans modi­fier le texte26.

Quant au futur cha­pi­tre 19 de l’imprimé, lors de sa trans­crip­tion ini­tiale (main N’), il cons­ti­tuait déjà un cha­pi­tre indé­pen­dant, et por­tait à la fois le titre qui sera le sien dans l’imprimé, et une numé­ro­ta­tion indi­quant que sa place n’a guère changé : 14, puis 13. Son absorp­tion par le cha­pi­tre 12 n’aura donc été que pro­vi­soire.

Comment se pré­sente l’ensem­ble de ce cha­pi­tre-fleuve, encore encom­bré de ses déchets ? A une pre­mière rédac­tion conti­nue, aux feuillets 202-210 (sous le titre géné­ral « De la dis­tri­bu­tion des trois pou­voirs dans le gou­ver­ne­ment de Rome »), suc­cède une rédac­tion ache­vée en près de qua­rante feuillets (f. 211-249), qui porte le même titre. Cette seconde rédac­tion est beau­coup plus ample et reprend également de nom­breux éléments regrou­pés aux feuillets 250-268, qui eux-mêmes s’orga­ni­sent en étapes suc­ces­si­ves27 que nous pou­vons sui­vre en par­tant du début de la rédac­tion : une pre­mière ver­sion (f. 250-252) se trouve ampli­fiée et déve­lop­pée aux feuillets 253-260, selon deux axes des­ti­nés à mon­trer la répar­ti­tion et sur­tout la limi­ta­tion réci­pro­que des pou­voirs du peu­ple et du sénat allié aux magis­trats :

(1) f. 253-255, les limi­tes de la puis­sance légis­la­tive du peu­ple (qui four­nira la matière des feuillets 216 et sui­vants, c’est-à-dire du futur cha­pi­tre 16 de l’imprimé) ;

(2) f. 256-260, la puis­sance exé­cu­tive exer­cée par les magis­trats (f. 230-231, futur cha­pi­tre 17).

Un troi­sième axe, aux feuillets 261-268, est consa­cré à la puis­sance de juger ; il réap­pa­raît, ampli­fié, aux feuillets 234-248 (futur cha­pi­tre 18), mais après avoir été reco­pié aux feuillets 206-209. La matière de ces trois cha­pi­tres est donc d’emblée for­te­ment orga­ni­sée.

Mais ces étapes peu­vent elles-mêmes être décom­po­sées, ou plu­tôt on peut remon­ter de la rédac­tion finale aux pré­cé­den­tes et sui­vre l’évolution des idées, car d’une rédac­tion à une autre, l’arti­cu­la­tion en est dif­fé­rente – même si toute ana­lyse se heurte aux dif­fi­cultés posées par l’absence de conti­nuité et l’inter­rup­tion des déve­lop­pe­ments.

Ainsi le droit qu’a le peu­ple de décla­rer la guerre est à l’ori­gine lié à l’état de guerre conti­nuel qui carac­té­rise Rome ; cela appa­raît d’abord au feuillet 250, comme un « droit natu­rel » au peu­ple qui, sous la royauté, est exercé de manière modé­rée, comme cela est évoqué au feuillet 259 : l’idée est alors trai­tée pour elle-même. Reprise au feuillet 257, elle évolue, car elle est évoquée selon la grille qui dis­tin­gue puis­sance légis­la­tive et puis­sance exé­cu­trice : ce droit du peu­ple relève plu­tôt de la pre­mière. Aux feuillets 231v-232r (ver­sion « défi­ni­tive » cor­res­pon­dant à la fin du cha­pi­tre 17), une réca­pi­tu­la­tion sur le long terme réduit l’impor­tance de ce droit et le subor­donne à la ques­tion plus géné­rale du balan­ce­ment entre le peu­ple et le sénat.

Une ques­tion appa­rem­ment majeure, car elle per­met de dis­tin­guer puis­sance légis­la­tive et puis­sance exé­cu­trice, finit même par dis­pa­raî­tre : la dis­tinc­tion entre « créer les magis­tra­tu­res » et « nom­mer les magis­trats ». Elle se lit d’abord au feuillet 259r (2e para­gra­phe), puis au feuillet 228v, sous forme d’une « maxime », mais elle est fina­le­ment bif­fée. De même, la créa­tion de magis­tra­tu­res aux pou­voirs excep­tion­nels, le dic­ta­teur et les tri­buns du peu­ple, qui se limi­tent mutuel­le­ment. Au feuillet 255v, il s’agit d’une « bran­che de la puis­sance légis­la­tive » ; au feuillet 259 (3e para­gra­phe), elle devient une excep­tion à la maxime pré­cé­dem­ment évoquée, car avec le dic­ta­teur (nommé par le sénat) le peu­ple perd de sa puis­sance exé­cu­tive. Enfin, au feuillet 227 (fin du cha­pi­tre 16), cette ins­ti­tu­tion ne fait plus qu’illus­trer l’heu­reuse capa­cité de Rome à bor­ner la puis­sance légis­la­tive d’un peu­ple qui ne connaît plus ses limi­tes. Là encore, l’ampleur crois­sante du champ d’inves­ti­ga­tion amène à réduire l’impor­tance du cas étudié.

Les pages consa­crées au pou­voir judi­ciaire (futur cha­pi­tre 18) sem­blent ori­gi­nai­re­ment plus fer­me­ment orga­ni­sées28 ; elles n’en connais­sent pas moins une évolution cer­taine. La pre­mière ver­sion évoque suc­ces­si­ve­ment les points sui­vants :

(1) pou­voir exor­bi­tant des consuls au début de la République (f. 261) ;

(2) époque de la loi Valérienne et de tout ce qui res­treint leur pou­voir (f. 262) ;

(3) la liste des juges (f. 262-263) ;

(4) les juges déci­dent du fait, la ques­tion du droit rele­vant des cen­tum­viri (f. 263) ; (5) juge­ment des affai­res cri­mi­nel­les, jusqu’à Coriolan (f. 264-265r) ;

(6) le ques­teur et la manière dont il est choisi, affaire de Lucius Scipion évoquée par Tite-Live (f. 265v-266) ;

(7) le juge de la ques­tion (loi d’Antoine, cas de Publius Scipion) (f. 267-268) ;

(8) le sénat des Cent à Carthage (f. 268v).

La der­nière ver­sion n’est pas une sim­ple reprise de ces points : le (1) et le (4) dis­pa­rais­sent ; les sui­vants ne se trou­vent pas dans le même ordre, comme nous l’indi­quons som­mai­re­ment : f. 234-235, (3) ; f. 236-237, (2) ; f. 238-242, (5-7), mais le feuillet 266 est repris au feuillet 241v ; f. 243, (8).

Quant au déve­lop­pe­ment final (f. 244-249), il n’a pas d’anté­cé­dent ici ; compte tenu de tout ce qu’on vient d’obser­ver, on est tenté de pen­ser qu’il n’y a jamais eu qu’une ver­sion de cette dénon­cia­tion viru­lente des trai­tants. Celle-ci contient quel­ques cor­rec­tions for­mel­les, signe sup­plé­men­taire qu’on n’a pas affaire à un reco­piage ; une confu­sion sur ses sour­ces (Polybe pour Diodore de Sicile) ren­force encore l’idée qu’on sai­sit ici sur le vif une mani­fes­ta­tion d’indi­gna­tion contre les hom­mes d’argent, anciens et moder­nes, qui s’empa­rent du pou­voir. L’imprimé tem­pé­rera cet accès, en trans­po­sant à l’impar­fait ce qui appa­raît ici au pré­sent : « gens natu­rel­le­ment avi­des et par conse­quent cor­rom­pus qui sement les mal­heurs dans les mal­heurs qui font nai­tre les besoins publics des besoins publics […] » La phrase devient en 1748 : « ils étoient avi­des, ils semoient les mal­heurs dans les mal­heurs, & fai­soient naî­tre les besoins publics des besoins publics »29. Nouvelle mani­fes­ta­tion d’auto­cen­sure dont on trouve régu­liè­re­ment des mar­ques tout au long de L’Esprit des lois.

Chapitre 8

Après ces ana­ly­ses, les autres modi­fi­ca­tions pour­raient pas­ser pour mineu­res. Elles n’en offrent pas moins des sur­pri­ses. La seconde moi­tié du cha­pi­tre 8, consa­crée aux Germains, date de 1743-1744, mais en fait elle reprend en par­tie une rédac­tion G (1739-1741) ; à l’ori­gine, le déve­lop­pe­ment était net­te­ment plus long, comme en témoi­gnent à la fois une note de régie de la main N’ (« Abreger » : f. 191v) et un talon sub­sis­tant entre les feuillets 192 et 19330 ; on y trouve l’écriture de Montesquieu, celle de L et celle de N31 :

Mrois/ parce/ comen/ reun/ l’esto

[signe de rac­cord] Lde la/ race fa/ elec­tifs / la cour/ jointe/ mai­res/ palais

NC’est/ ce qui for/ sui­ven/ ne la

S’il est impos­si­ble de recons­ti­tuer ce texte, on se doute néan­moins qu’il s’agit ici de la pre­mière appa­ri­tion de la dis­tinc­tion entre roi et maire du palais, ou plu­tôt de l’union des deux pou­voirs qui donne nais­sance à la dynas­tie caro­lin­gienne, telle qu’elle sera déve­lop­pée au livre XXXI32 , conjonc­tion dont l’évolution devait être sui­vie avec soin : en effet il s’agit sans aucun doute de l’étude d’une de ces « monar­chies moder­nes » qu’évoquait la par­tie bif­fée du cha­pi­tre 9 . Elle n’avait sûre­ment pas l’ampleur de l’ana­lyse de la cons­ti­tu­tion d’Angleterre, mais elle devait pou­voir sou­te­nir la com­pa­rai­son ; elle com­pre­nait en tout cas à l’ori­gine quel­ques pas­sa­ges tout à la gloire du « gou­ver­ne­ment gothi­que » qui, en don­nant des pri­vi­lè­ges aux vil­les, les tire de « l’escla­vage », et qui sur­tout « par­vint à sa per­fec­tion » en don­nant au peu­ple « l’ame », c’est-à-dire la liberté (f. 192r et 193r ).

Ces para­gra­phes ont été sup­pri­més pour « abrége[r] » le texte, tan­dis qu’un ou plu­sieurs feuillets étaient décou­pés : Montesquieu, sou­cieux comme à l’ordi­naire de ne rien lais­ser per­dre, met de côté ce qui lui sera utile trois ans plus tard, quand il rédi­gera en hâte les livres ulti­mes – dont une des idées maî­tres­ses n’a pas attendu 1748 pour naî­tre.

Variations tex­tuel­les

Parmi les quel­ques modi­fi­ca­tions intro­dui­tes entre 1747 et l’imprimé (on remar­quera qu’elles sont peu nom­breu­ses et sou­vent mineu­res33), il faut signa­ler la dis­pa­ri­tion de toute men­tion du gou­ver­ne­ment « æsymnétique »34, tel qu’il était évoqué par Aristote, Politique, III, 9, 5-6 : « tyran­nie élective », mais non héré­di­taire, et par­fois limi­tée dans le temps, comme celle de Pittacos à Mitylène. Montesquieu a confondu la royauté archaï­que et cette forme « mixte » de royauté et de tyran­nie qu’Aristote dési­gne comme exis­tant encore de son temps ; l’erreur ne por­tant que sur le mot, il suf­fi­sait de le rem­pla­cer ou de le sup­pri­mer.

On relève aussi, et c’est beau­coup plus impor­tant, la dis­pa­ri­tion d’une phrase sans doute trop expli­cite sur l’ana­lyse de la cons­ti­tu­tion d’Angleterre : « cha­cun pourra cal­cu­ler a son aise le degré de liberté dont cha­que nation jouit et le degré de bon­heur qui y est atta­ché » (f. 162r). Certes, dans l’imprimé sub­siste celle qui la pré­cé­dait immé­dia­te­ment : « la liberté y paroî­tra comme dans un miroir » ; mais il est clair que la fonc­tion démons­tra­tive du cha­pi­tre 6, et par­tant ses appli­ca­tions polé­mi­ques par le jeu des com­pa­rai­sons, sont ainsi désa­mor­cées.

On signa­lera enfin l’inté­rêt des com­pa­rai­sons entre les dif­fé­ren­tes ver­sions que per­met l’état du manus­crit ; nous nous conten­te­rons de ren­voyer à titre d’exem­ple aux trois sta­des que por­tent les feuillets 206, 268v et 243v : le texte s’allège, la preuve passe en note. De même, du feuillet 209v au feuillet 243v, puis à l’imprimé, la phrase se fait plus ample, puis plus vive, pour dépein­dre le coup mor­tel porté au sénat :

(1) Tiberius Gracchus fit ordon­ner qu’au lieu de pren­dre les juges dans l’ordre des sena­teurs on les pren­droit dans celui des che­va­liers chan­ge­ment si consi­de­ra­ble que Gracchus se venta d’avoir dans un seul jour fait dis­pa­roi­tre le senat de la repu­bli­que (f. 209)

(2) Les juges furent pris dans l’ordre des sena­teurs jusqu’au tems des Gracches. Tiberius Gracchus fit ordon­ner qu’on les pren­droit dans celui des che­va­liers chan­ge­ment si consi­de­ra­ble que le tri­bun se venta d’avoir coupe les nerfs de l’ordre sena­to­rial, & par une seule roga­tion fait dis­pa­roi­tre le senat de la repu­bli­que (f. 243)

(3) Les Juges furent pris dans l’ordre des Sénateurs jusqu’au tems des Gracches. Tiberius-Gracchus fit ordon­ner qu’on les pren­droit dans celui des Chevaliers : chan­ge­ment si consi­dé­ra­ble que le Tribun se vanta d’avoir par une seule roga­tion coupé les nerfs de l’ordre des Sénateurs. (XI, 18, imprimé)

Nul doute qu’il reste beau­coup à expli­quer et à exploi­ter dans ce livre, cette intro­duc­tion n’ayant voca­tion qu’à ouvrir quel­ques pers­pec­ti­ves dans ces cent dix-huit feuillets où se concen­trent les plus redou­ta­bles dif­fi­cultés du manus­crit de L’Esprit des lois. La voie est main­te­nant ouverte.

Les prin­ci­pes d’édition sont détaillés dans un arti­cle à part, dis­po­ni­ble dans la même rubri­que.

Les direc­ti­ves de trans­crip­tion peu­vent être ainsi résu­mées : Identification des secré­tai­res : En expo­sant au début de cha­que inter­ven­tion, et répété si néces­saire au début de cha­que page : iden­ti­fi­ca­tion du secré­taire. Pour la chro­no­lo­gie, voir Montesquieu, De l’esprit des loix (manus­crits), C. Volpilhac-Auger éd., Œuvres com­plè­tes, t. III, 2008, p. xxxi-lxxix.

E (1734-1739)

G (1739-1741)

H (1741-1742)

I (1743)

F (1743)

K 1743

L (1743-1744)

L’ (1744)

N (1745)

N’ (1745)

O et O’ (1745-1747)

P (1748-1750)

Indatable, sauf en cas de cor­rec­tion sur une autre main : M (=Montesquieu)

Grisé : pas­sage dif­fé­rent dans l’imprimé (1748)

Entre bar­res ver­ti­ca­les |xxx| : ajout bref ou inclus dans un autre ajout. Après un ajout de ce type, le retour à la main prin­ci­pale n’est pas indi­qué : par défaut, il s’agit de la main qui inter­ve­nait avant l’ajout.

Entre le signe ↑ et le signe + : ajout long ou incluant un autre ajout. Après un ajout de ce type, le retour à la main prin­ci­pale est indi­qué.

Quand aucun iden­ti­fiant de secré­taire n’est indi­qué pour un ajout, cela signi­fie que l’ajout est de la main prin­ci­pale.

Entre bar­res obli­ques xxx : déve­lop­pe­ment d’une abré­via­tion signa­lée par le scrip­teur.

Entre acco­la­des et sou­li­gné en poin­tillés xxx : pas­sage biffé dans son ensem­ble.

Les pas­sa­ges en sur­charge sur un mot ne sont pas indi­qués comme tels (la posi­tion des inter­ven­tions n’est jamais indi­quée, car elle n’est pas signi­fiante).

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Transcription du livre XI
BNF, n.a.fr. 12833, f. 156-273
Word - 38 ko
Livre XI, annexe
BNF, n.a.fr. 12836, f. 260-261

Il faut sans doute y ajouter deux feuillets que nous donnons en annexe à ce livre (t. V, f. 260-261) et qui nous paraissent mal placés là où ils se trouvent (au début du livre XXVII)

BNF491 et 492, pour les feuillets 190-192 et 198-200.

T. III, f. 1v ; la page une fois annulée devient le verso du feuillet, dont le nouveau recto (tête-bêche) porte la page de titre définitive.

Ce qui ne signifie nullement, comme on le verra dans l’introduction du livre XII, que l’idée fondamentale de la sûreté du citoyen comme garantie de sa liberté soit aussi tardive.

Les seuls exemples probants sont aux feuillets 9v, 18r et v, 21r (deux occurrences), 73-74 (où il est question plus spécifiquement de citoyens romains), et surtout 79r. Un autre le serait (« On detruit la liberté des citoiens […] ») s’il n’était justement biffé et remplacé par une formulation plus anodine : « on porte une inquisition […] » ; le mot citoyens répparaît avec N’.

Comme celle qui conclut le chapitre 4 : « NTout ce que je dis est puisé dans la nature et tres favorable a la liberté du citoyen » (f. 19v). Voir aussi f. 2r, 2v, 3r (deux occurrences), f. 5r (titre du chapitre 2), f. 5v (ajout de N’), f. 6v, f. 9r (passage de L biffé), 62v, 65v, 67r (titre du chapitre 20), etc. Notons qu’au feuillet 61v, N’ transforme « quelques-uns » (main H) en « quelques citoyens » ; voir aussi note précédente.

BNF491 et 492 (même si ce dernier type de papier présente des traits quelque peu différents).

Comme les livres X et XII ont été à l’époque de L respectivement 11e et 13e, on supposera que celui-ci a dû être 12e.

Fin du chapitre 5 : « Il y a aussi une nation dans le monde […] nous allons examiner les principes sur lesquels elle la fonde […] »

Nous développons ce point ci-après.

Justement citée dans un passage biffé du chapitre 11 (f. 199v) ; mais il s’agit d’une simple allusion

Ainsi « la destruction des peuples par la relligion les guerres civiles et etrangeres qui en sont nées sont une sorte de mal que nous devons a nos temps modernes » : Montesquieu cite à l’appui des exemples remontant à Dioclétien et Justinien, autrement dit à l’ère chrétienne (2506/8, f. 4 r).

Et sans doute jusqu’à 1743-1744, L nous semblant bien avoir écrit la numérotation 15.

Sur la composition du chapitre 8, voir ci-après.

Voir également notre note ad loc.]

On ne saurait dire pour autant que les chapitres 9 et 10 ont un faible rapport avec le suivant : ils proviennent tous directement de la lecture de la Politique d’Aristote, qui a incité Montesquieu à traiter des gouvernements de l’époque archaïque, sommairement en Grèce (11), longuement pour Rome (12), en un mouvement d’hypertrophie « romaine » que l’on retrouve au livre XXIII (chapitre 21) comme au livre XXVII. C’est donc une assez remarquable continuité qui caractérise ce livre, et les suppressions et modifications que nous avons signalées n’ont nullement pesé sur l’enchaînement de l’ensemble.

Composition des principaux chapitres

Chapitre 6

C’est évidemment ce chapitre qui a toujours attiré les regards, en raison de l’ancienneté de l’analyse de la constitution anglaise, telle qu’elle apparaît sous la plume du secrétaire E. Encore faudrait-il éviter les approximations comme les affirmations hasardées : ainsi le manuscrit révélerait qu’il était déjà écrit dès 1733 [[Derathé, t. I, p. 472, note 6.

On en donnera justement un exemple plus loin, à propos du chapitre 12

Mémoire historique pour servir à l’histoire de M. de Montesquieu (1755), dans C. Volpilhac-Auger, Montesquieu. Mémoire de la critique, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, p. 253

Voir notre note ad loc., et notre article « The art of the chapter-heading ».

Les variantes des éditions ne sont pas très nombreuses non plus : cette partie du chapitre est restée remarquablement stable jusque dans le détail.

Les lignes du feuillet 171 sont très tassées, pour permettre le raccord avec le feuillet suivant., sans qu’on puisse avoir de certitude sur la nature de l’addition Il est certain en tout cas que la référence à Sidney est tardive (main L, addition tassée en marge).

L’addition commence à « droit qu’elle a d’executer » et s’arrête à « Le corps legislatif ne doit point ».

Depuis « ne dependra plus d’elle » jusqu’à « puissance exécutrice, et cela par » (f. 184.)

De la main H il ne reste plus que des traces sur un feuillet supprimé subsistant sous forme de talon.

Chapitre 12 : époque des rois de Rome, succédant au chapitre 11 consacré à la royauté à l’âge héroïque en Grèce ; chapitre 13 : passage de la monarchie à la république ; chapitre 14 : affaiblissement progressif du pouvoir des patriciens à l’avantage des plébéiens ; chapitre 15 : tyrannie des décemvirs.

Chapitre 16 : puissance législative ; chapitre 17 : puissance exécutrice ; chapitre 18 : puissance de juger.

Une main moderne a ajouté au crayon le numéro de chaque chapitre de l’imprimé.

Ce qui n’exclut pas d’autres relations ponctuelles, impliquant des réutilisations : ainsi le feuillet 250 est la suite (abandonnée) du feuillet 228, reprise et développée au feuillet 259, qui devait donc se trouver à la suite du feuillet 228.

Première version, f. 261-268 ; version finale, f. 234-249. Nous n’évoquons pas ici en détail la version intermédiaire des feuillets 206-209 ; les renvois que nous plaçons en note doivent suffisamment aider le lecteur.

De même, au bas du feuillet 249 : « profession qui demande toujours et a qui on ne demande jamais », à comparer avec l’imprimé : « une profession qui demandoit toûjours & à qui on ne demandoit rien ». Montesquieu feindra de s’étonner que les « gens d’affaires se croient […] attaqués » par cette page : au chevalier d’Aydie, 24 février 1748.

Nous le foliotons donc 192bis.

Le découpage du feuillet (la fin des lignes est signifiée par une barre oblique) rend aléatoire l’interprétation et donc la transcription des mots incomplets.

Cf. XXXI, 4 : « Voilà les rois de la première race, et les maires du palais ; les premiers étaient héréditaires, et les seconds étaient électifs. ¶On ne peut douter que ces princes, qui, dans l’assemblée de la nation, se levaient, et se proposaient pour chefs de quelque entreprise à tous ceux qui voudraient les suivre, ne réunissent pour la plupart, dans leur personne, et l’autorité du roi et la puissance du maire. Leur noblesse leur avait donné la royauté ; et leur vertu, les faisant suivre par plusieurs volontaires qui les prenaient pour chefs, leur donnait la puissance du maire. » ; ou XXXI, 16 : « Les rois n’avaient point d’autorité, mais ils avaient un nom ; le titre de roi était héréditaire, et celui de maire était électif. […] Pour lors, l’autorité du maire fut jointe à l’autorité royale. Dans le mélange de ces deux autorités, il se fit une espèce de conciliation. Le maire avait été électif, et le roi héréditaire : la couronne, au commencement de la seconde race, fut élective, parce que le peuple choisit ; elle fut héréditaire, parce qu’il choisit toujours dans la même famille. »

Voir cependant ci-dessus

Montesquieu l’utilise aux chapitres 11 et 12 (le secrétaire écrit æzimnete et æzimnetique).

Manuscrit de L’Esprit des lois, Bibliothèque nationale de France (n.a.fr., 12835)