Montesquieu
Biographie

Gabrielle Radica est maî­tre de confé­ren­ces à l’Université de Picardie Jules Verne en Philosophie. Ses tra­vaux por­tent sur l’his­toire de la phi­lo­so­phie morale et poli­ti­que des XVIIe et XVIIIe siè­cles. Spécialiste de Rousseau, elle a notam­ment publié la mono­gra­phie L’Histoire de la rai­son. Anthropologie, morale et poli­ti­que chez Rousseau, Paris, Champion, 2008.

Résumé

Elle désire exa­mi­ner la façon dont Montesquieu défi­nit et pré­sente dans l’Esprit des lois la famille, à la fois varia­ble dépen­dant de dif­fé­ren­tes déter­mi­na­tions (le droit domes­ti­que for­mant un sous-ensem­ble du droit civil, c’est à la fois l’arti­cu­la­tion entre droit civil et droit poli­ti­que [« je n’ai point séparé les lois poli­ti­ques des civi­les », I, III] ainsi que les divi­sions inter­nes au droit civil qui seront ins­truc­ti­ves à cet égard), et phé­no­mène qui pré­sente un cer­tain nom­bre de cons­tan­tes : orga­ni­sa­tion de la dif­fé­rence des sexes, des rela­tions paren­ta­les, des soins et des sen­ti­ments natu­rels d’amour et de pudeur, admi­nis­tra­tion de la pro­priété pri­vée. Elle insis­tera notam­ment sur le contraste que l’on peut obser­ver entre deux types de trai­te­ment de la famille dans l’œuvre : d’une part, la préoc­cu­pa­tion col­lec­tive de la popu­la­tion (qua­trième par­tie et notam­ment livre XXIII), fina­lité à laquelle le mariage est dit subor­donné, d’autre part, et plus épars, les dif­fé­rents argu­ments par les­quels Montesquieu rap­pelle en invo­quant – prin­ci­pa­le­ment mais pas uni­que­ment – le droit natu­rel, les exi­gen­ces de pro­tec­tion qu’oppose la famille aux logi­ques qui lui sont exté­rieu­res et qui sem­blent l’émanciper d’une fonc­tion uni­que de popu­la­tion. Sachant que les lois poli­ti­ques orga­ni­sent la liberté et les lois civi­les la pro­priété, sachant que la famille est pré­sen­tée comme une sorte de pro­priété, peut-on tou­te­fois se conten­ter de dire qu’il ne se joue que des ques­tions de pro­priété dans la famille, et que la modé­ra­tion sou­hai­tée par Montesquieu ne devrait pas aussi se mani­fes­ter par la défense de cer­tai­nes liber­tés et droits qui sont liés à la famille ? C’est donc l’appli­ca­tion de son « libé­ra­lisme » à la ques­tion de la famille qui m’inté­res­sera, le rap­pel fait par Montesquieu des limi­tes qui, si elles sont fran­chies, font des lois et ins­ti­tu­tions des cadres des­po­ti­ques et non plus modé­rés. Se des­sine en néga­tif une défi­ni­tion de la famille dont la force est de ne pas se satis­faire des défi­ni­tions par­tiel­les de celle-ci, que ces der­niè­res accen­tuent sa fonc­tion poli­ti­que, natu­relle/bio­lo­gi­que, reli­gieuse ou économique ou encore qu’elles se conten­tent de la juger selon une norme pure­ment jus­na­tu­ra­liste.

texte alter­na­tif