Montesquieu
 

D’Aguesseau et Montesquieu : influence réci­pro­que ou paral­lé­lisme concur­rent ?

Isabelle Brancourt (UMR 5037, Lyon)
Biographie

Isabelle Brancourt est char­gée de recher­che au CNRS et habi­li­tée à diri­ger des recher­ches. Elle fait par­tie actuel­le­ment de l’UMR5037, ENS de Lyon.

Site web : « Parlement(s) de Paris et d’ailleurs. XIIIe-XVIIIe siè­cle », http://par­le­ment­de­pa­ris.hypo­the­ses.org

Recherches actuel­les :

  • Histoire et justice du Parlement de Paris
  • Magistrature, idéologie et prosopographie

Quelques publi­ca­tions :

  • Derniers ouvrages publiés :

« Vers la puni­tion, his­toire poli­ti­que et judi­ciaire des trans­la­tions sous la Fronde et au XVIIIe siè­cle » [p. 537-731], dans Le Parlement en exil ou Histoire poli­ti­que et judi­ciaire des trans­la­tions du par­le­ment de Paris (XVe - XVIIIe siè­cle) (avant-pro­pos et intro­duc­tion [p. 7-115] d’Isabelle Storez-Brancourt et contri­bu­tions de Sylvie Daubresse et de Monique Morgat-Bonnet), Paris : Honoré Champion, 2007, 841 p.

Une his­toire de la mémoire judi­ciaire (I. Brancourt et O. Poncet, dir.), Paris, École natio­nale des Chartes, 2009, 399 p.

  • Bibliographie antérieure (extraits significatifs) :

Le chan­ce­lier Henri François d’Aguesseau. 1668-1751. Monarchiste et libé­ral, Paris, éditions Publisud, avril 1996, 635 p.

Jean Le Boindre, Débats du Parlement pen­dant la mino­rité de Louis XIV, (tome II). Texte établi, intro­duit et annoté par Isabelle Storez-Brancourt, avec une table des magis­trats, éd. Champion-Slatkine, Paris-Genève, 25 avril 2002, 653 p.

Réédition : Henri François d’Aguesseau, Méditations méta­phy­si­ques, en col­la­bo­ra­tion avec L. Fedi, Paris, coll. Corpus, Fayard, 798 p.

Résumé

Une connais­sance un peu appro­fon­die de la per­son­na­lité, de la car­rière, des œuvres et de la pos­té­rité d’Henri François d’Aguesseau, attire iné­vi­ta­ble­ment l’atten­tion sur de nom­breux para­doxes et inter­ro­ga­tions. Parmi elles, la ques­tion des rela­tions entre le chan­ce­lier et Montesquieu, de vingt ans son cadet, de la récep­tion et de l’influence com­pa­rées de leurs écrits et de leur pen­sée.

Du Napoléon du Code civil à 1848, au moins, la pen­sée poli­ti­que fran­çaise a hissé d’Aguesseau et Montesquieu, côte à côte, au rang de piliers du droit et de la moder­nité. Statuaire des Palais de jus­tice (comme à Amiens) et dis­cours de la magis­tra­ture ou de l’Université illus­trent cette fra­ter­nité intel­lec­tuelle sup­po­sée. Dès les années 1780, le fami­lier des écrits juri­di­ques et poli­ti­ques est frappé de la fré­quence des cita­tions asso­ciées ou alter­nées de ces deux illus­tra­tions de la Robe. Ainsi en est-il, entre autres, du « Discours sur l’étude de la pro­cé­dure » d’Eustache-Nicolas Pigeau, intro­duc­tion main­tes fois réé­di­tée de sa somme en 2 volu­mes in-4°, La Procédure civile du Châtelet etc. De part et d’autre de la Révolution, ins­pi­ra­teur direct du Code de pro­cé­dure civile de 1806, Pigeau est repré­sen­ta­tif d’une géné­ra­tion qui ne conce­vait pas autre­ment D’Aguesseau et Montesquieu que conjoin­te­ment et com­plé­men­tai­re­ment. Pourtant, l’un n’est-il pas plu­tôt sym­bo­li­que de la tra­di­tion monar­chi­que et le second de l’émergence des Lumières ?

D’Aguesseau a-t-il seu­le­ment ren­contré, connu, eu quel­que rela­tion avec Montesquieu ? L’hypo­thèse, bien que peu pro­ba­ble en l’état actuel de nos connais­san­ces, mérite d’être appro­fon­die par l’étude des cer­cles et réseaux intel­lec­tuels fré­quen­tés par nos deux grands magis­trats. Plus pro­fon­dé­ment, la pen­sée de d’Aguesseau, telle qu’elle appa­raît dans ses œuvres prin­ci­pa­les (Essai d’une ins­ti­tu­tion au droit public, Méditations méta­phy­si­ques, Fragments sur l’ori­gine du droit de remon­trance, ses let­tres phi­lo­so­phi­ques), frappe l’oreille du lec­teur atten­tif d’une réso­nance sin­gu­liè­re­ment pro­che de L’esprit des Lois. « Re(Lire) Montesquieu » à la lumière de d’Aguesseau, c’est s’inter­ro­ger sur les ori­gi­nes com­mu­nes de leur ins­pi­ra­tion et sur leurs points de conver­gence ou de diver­gence.

texte alter­na­tif