Montesquieu

Dir. Pierre Rétat. Textes établis, pré­sen­tés et anno­tés par Guillaume Barrera, Annie Becq, Gilles Bertrand, François Cadilhon, Cecil P. Courtney, Carole Dornier, Henri Duranton, Hélène Himelfarb, Catherine Larrère, Catherine Maire, Sheila Mason, Edgar Mass, Didier Masseau, Sylvain Menant, Pierre Rétat, Jonas Steffen, Catherine Volpilhac-Auger. Coordination éditoriale : Carole Verdier. 2006, 700 p.

Le tome 9 des Œuvres com­plè­tes de Montesquieu (tome second de ses Œuvres et écrits divers) regroupe des tex­tes écrits de 1728, année de son entrée à l’Académie fran­çaise, jusqu’à la veille de sa mort (1755) : vingt-huit tex­tes de lon­gueur et de gen­res très dif­fé­rents qui, plus peut-être encore que ceux qui ont paru dans le pre­mier tome des Œuvres et écrits divers, don­nent une idée frap­pante de la diver­sité des inté­rêts, des goûts, des ten­ta­ti­ves d’expres­sion lit­té­raire de Montesquieu. On y trouve en effet quel­ques poé­sies (Adieux à Gênes, Sur la cou­tume de Florence de n’admet­tre que des hom­mes pour jouer les rôles sur le théâ­tre, Portrait de madame de Mirepoix, A Madame de Boufflers, Madrigal à deux sœurs, A Dassier) en rela­tion avec ses voya­ges et sa vie mon­daine ; des Souvenirs de son séjour à la cour de Stanislas Leckzinsky) ; deux romans (l’Histoire véri­ta­ble et Arsace et Isménie) ; une fic­tion héroï­que (Lysimaque) ; son Discours de récep­tion à l’Académie fran­çaise et une Harangue au roi qu’il pro­nonça en tant que direc­teur de l’Académie ; une dis­ser­ta­tion écrite pour l’Académie de Bordeaux (Réflexions sur les habi­tants de Rome) et une Requête au roi pour défen­dre les inté­rêts de cette aca­dé­mie contre l’inten­dant ; une inter­ven­tion auprès du roi, en 1754, pour pro­po­ser des voies d’apai­se­ment des que­rel­les reli­gieu­ses (Mémoire sur le silence à impo­ser sur la Constitution) ; l’ébauche d’un éloge du maré­chal de Berwick ; une réca­pi­tu­la­tion de ses pro­pres ori­gi­nes fami­lia­les (Mémoire de ma vie) ; son Testament (novem­bre 1750) ; des ouvra­ges his­to­ri­ques et phi­lo­so­phi­ques (Réflexions sur le carac­tère de quel­ques prin­ces, De la manière gothi­que, Essai sur les cau­ses qui peu­vent affec­ter les esprits et les carac­tè­res, Essai sur le goût). Sont pla­cées en appen­dice des œuvres dont l’attri­bu­tion est incer­taine (en par­ti­cu­lier le Voyage à Paphos) et l’inven­taire com­plet d’un gros Recueil d’airs, c’est-à-dire un recueil de chan­sons que Montesquieu fit com­pi­ler pour le prince de Galles et auquel il ne dédai­gna pas d’ajou­ter de sa main quel­ques cou­plets.

Cette édition révèle quel­ques nou­veau­tés (par exem­ple ce recueil) ; elle est sur­tout fon­dée sur un grand nom­bre de manus­crits jusqu’à pré­sent tota­le­ment inconnus, per­dus ou incom­plè­te­ment uti­li­sés, ceux de l’Histoire véri­ta­ble, d’Arsace et Isménie, de l’Essai sur les cau­ses, de Lysimaque, des der­niers frag­ments de l’Essai sur le goût : elle offre donc, de ces tex­tes par­fois d’une impor­tance capi­tale, la pre­mière édition cri­ti­que selon les exi­gen­ces moder­nes. Un tra­vail neuf et appro­fondi d’anno­ta­tion per­met également de jeter sur eux un éclairage beau­coup plus com­plet, tout en met­tant par­ti­cu­liè­re­ment en valeur les manus­crits conser­vés à la Bibliothèque muni­ci­pale de Bordeaux, dont plu­sieurs, conser­vés jus­que-là à La Brède, sont entrés à la Bibliothèque en 1994. Une équipe inter­na­tio­nale de savants alle­mands, anglais et fran­çais a assuré ce tra­vail d’édition. Ce volume atteste donc encore chez Montesquieu la diver­sité des inté­rêts et des expé­rien­ces jusqu’à la fin de sa vie, le renou­vel­le­ment des modes et des for­mes d’écriture, la mobi­lité et l’ampleur de la réflexion phi­lo­so­phi­que dans des tex­tes qui pré­pa­rent par­fois direc­te­ment L’Esprit des lois, enfin le déve­lop­pe­ment étonnant d’une pen­sée esthé­ti­que qui pro­longe ses voya­ges et l’ensem­ble de sa phi­lo­so­phie.