Œuvres complètes de Montesquieu (au 1er novembre 2021)

Œuvres complètes de Montesquieu

1er novembre 2021

Édition imprimée

Pensées (t. XIV-XV). Envoyées au printemps 2021 à l’éditeur, elles sont en relecture chez Céline Rohard d’ENS Éditions, qui aura sans doute des questions à poser (novembre 2021) ; les épreuves mises en pages nous seront envoyées fin décembre 2021 - début janvier 2022. Les 2e épreuves pourraient intervenir en juin-juillet, pour envoi à l’éditeur Classiques Garnier en septembre 2022, et impression sans doute en 2023.

Correspondance IV (t. XXI). Le travail sur le dernier volume de la correspondance (octobre 1750 - 1755) a commencé en septembre 2021 (dir. Nadia Plavinskaia, Philip Stewart, CVA ; autres collaborateurs : Jens Häseler, Jean-Pierre Poussou) ; les contributions sont attendues pour fin 2022, en vue d’une remise à l’éditeur au cours de 2023. Ce calendrier serré a été défini en tenant compte de la minceur de ce volume (avant annotation, moins de 250 pages de texte) ; de plus l’équipe est maintenant aguerrie, puisque tous ses membres ont déjà travaillé sur les volumes précédents de correspondance.

La minceur de ce volume peut justement faire problème, d’autant que l’annotation est moins abondante (la plupart des personnes citées sont déjà apparues dans les volumes précédents) et que les lettres de cette période ne donnent guère lieu à des annexes, comme dans les tomes 19 et 20. Mais on ne peut évidemment rien y faire (le découpage en 4 volumes était dû à l’équipe précédente, qui souhaitait publier dans le dernier des documents annexes, dont la liste n’était pas précisée – rares sont ceux qui nous paraissent mériter publication). Pour la première fois, un de nos volumes aura donc moins de 400 pages.

Un problème inattendu : le texte avait été établi par Caroline Verdier et CVA il y a plus de dix ans ; pour les relectures, il est nécessaire de se reporter aux numérisations ou photocopies obtenues à l’époque, dans une masse de plusieurs milliers d’images, ce qui n’est pas toujours chose facile…
Parmi les bonnes nouvelles, l’apparition de quatre lettres inédites : deux aux archives d’Agen (antérieures à 1740, elles auraient dû figurer dans le tome 19), une chez des descendants de proches de Montesquieu (datable de 1753-1754). Il faut y ajouter une autre découverte à Saint-Médard de Lunel en 2019 (1751) et, à notre grande honte, une de 1744 qui avait été signalée lors d’une vente et qui nous a échappé.

L’Esprit des lois (t. V-VI). Jean Terrel et CVA ont continué à avancer sur l’annotation, tout en affinant leur méthode de travail : l’un annote un livre, envoie l’annotation et l’introduction au second, qui envoie ses remarques et propositions de corrections ; après plusieurs allers-retours, ont lieu des séances de travail à deux pour mettre au point l’annotation « définitive », qui en fait n’est jamais définitive : l’expérience montre qu’en annotant un livre, on finit par comprendre des détails qu’on n’avait pas compris dans des livres antérieurs.

Décisions récentes : proposer un lexique, qui évite la répétition de notes de vocabulaire (exemples : énerver, timide, souffrir, bacha). Dans certaines éditions, les mots apparaissant dans le lexique sont signalés (par un astérisque, ou un autre signe) ; cela ne nous paraît pas souhaitable, le texte présentant déjà beaucoup d’appels (notes d’auteur et notes d’éditeur).

Les livres II-XI sont maintenant achevés, selon le principe adopté depuis deux ans, qui est de prendre chaque livre l’un après l’autre pour mieux suivre la démarche de Montesquieu. Le livre XI (qui a été envoyé à Cecil) s’est révélé particulièrement difficile et nous a retenus pendant des mois : outre la subtilité de la démarche au long du chapitre 6 (ce qui était prévisible), les chapitres sur l’histoire romaine, notamment 18, sont apparus redoutables, les sources de Montesquieu étant différentes de celles qui se sont imposées au XXe siècle.
Les livres XII et XIV sont en cours (le livre XIII devra être repris en collaboration avec Catherine Larrère). Si l’on y ajoute les livres XV, XVI, XXIV, qui ont été mis au point en 2019 pour le Spécimen avec plusieurs annotateurs (Rolando Minuti, Giovanni Paoletti, Alessandro Tuccillo), et le livre XXVIII qui l’est désormais quasiment après plusieurs allers-retours avec Christian Cheminade (mais sans réunion de travail en raison de la pandémie), c’est à peu près la moitié de l’ouvrage qui est d’ores et déjà annotée, au bout de quatre ans de travail (en effet celui-ci a commencé en 2017).

Nous faudra-t-il encore quatre ans, soit jusqu’en 2025, pour en voir la fin, à quoi s’ajouteront une année pour la relecture d’ensemble, et deux ans de travail minimum avec les éditeurs, ce qui nous amènerait à …2028 ou 2029 pour la publication ? On peut espérer que non : outre que le livre XI constitue un cas particulier (on peut y joindre le livre V, long et difficile) et qu’aucun autre livre ne pose autant de problèmes (le livre XXI est très long, mais moins conceptuel que les livres V et XI ; les livres XXX et XXXI apparaissent épineux, mais Christian Cheminade maîtrise parfaitement ces sujets), nos méthodes de travail se sont affinées, et nous avons beaucoup appris durant ces quatre dernières années.

Édition en ligne

Les opuscules « De la politique » et Réflexions sur le caractères de quelques princes (CVA éd.) sont toujours en attente : Claire Bustarret n’a pu se rendre que fin octobre à la bibliothèque de l’Assemblée nationale (fermée au public depuis un an) pour étudier le papier du manuscrit « De la politique ». Dès qu’elle aura rendu ses conclusions, la mise en ligne pourra intervenir. Ce programme soutenu par la Richard Lounsbery Foundation a connu un retard de près d’un an, ce qui n’est pas trop grave (le programme court jusqu’en 2024, et surtout la crise sanitaire est la seule cause de ce retard, qui peut aisément être rattrapé).

La Correspondance 1700 – avril 1728 (PS, NP et CVA éd.) est dans sa dernière phase de préparation (relectures des auteurs) ; aucune réunion générale n’a évidemment pu avoir lieu. La mise au point du texte s’avère plus compliquée que prévu, car il faut redistribuer l’information, par rapport à l’édition papier : certaines données « techniques » (Dimensions, Première édition, etc.) ne doivent apparaître que dans l’Inventaire (qui est une base de données), non dans l’édition proprement dite ; d’autres (Source, Remarques de datation ou d’identification) doivent apparaître dans l’édition mais à partir de l’Inventaire (il faut absolument éviter qu’une même information soit saisie à la fois dans l’Inventaire et dans l’édition : si l’on modifie d’un côté, on peut oublier de modifier de l’autre et créer ainsi des incohérences) ; dans tous les cas, il faut tout reprendre pour de nouveaux contrôles et pour reformuler certaines notes. Il faut aussi mettre au point plusieurs dizaines de « notices biographiques » (propres à l’édition en ligne : elles seront accessibles à partir de chaque occurrence d’un nom), ainsi que des annexes (comme dans les tomes 19 et 20).
La fin du travail est espérée pour la fin de l’automne. La relecture typographique, préalable à la transmission à l’équipe d’édition, sera confiée à Anne-Lise Martin, et devrait intervenir d’ici la fin de l’année 2021.

L’Inventaire général de la correspondance est aussi quelque peu en souffrance, en raison de l’impossibilité de se réunir ; il a surtout beaucoup pâti de la lourdeur de sa conception initiale, qui a rendu très compliquée et lente la saisie des données, et qui ensuite a rendu nécessaires toutes sortes de relectures et de corrections (celles-ci ne sont pas achevées) ; le calendrier prévu initialement (mise en ligne en 2020-2021 pour l’Inventaire comme pour l’édition critique) n’a donc pu être tenu.

Il a fallu restreindre (provisoirement) les ambitions. L’accent a été mis sur la partie 1700-1728, qui est quasiment prête du côté de la saisie (mais sans les données sur les papiers, car Claire Bustarret n’a pu se déplacer pour les analyser ; elles pourront être intégrées par la suite) ; cependant il y a encore un gros travail sur la présentation et la mise en forme avant de pouvoir le publier (travail en cours avec l’équipe informatique). Vis-à-vis de la Fondation La Poste, qui a financé ce programme, un tel retard est très gênant. Il faudra redoubler d’efforts en novembre-décembre 2021, pour une mise en ligne en 2022.

La mise en ligne de la Correspondance 1700-1728 permettra de mettre en valeur de « petits » textes de cette période :

  Projet d’une histoire de la Terre et Dissertation sur la politique des Romains dans la religion, auxquels Lorenzo Bianchi (éditeur de ces textes dans le tome 8) se consacrera prochainement ;
  Poèmes, que Sylvain Menant (éditeur de ces textes dans le même tome 8) reprendra à partir de janvier 2022 ; ce corpus est mince, mais il s’est encore réduit : voir l’article de Myrtille Méricam-Bourdet Sur une « Chanson anacréontique » attribuée à Montesquieu
  à envisager également : Discours de réception à l’académie de Bordeaux (Sheila Mason éd.), Discours de réception à l’Académie française, État des affaires de Montesquieu en 1725, Mémoire contre l’arrêt du Conseil de 1725 (Pierre Rétat éd.), etc.

Catherine Volpilhac-Auger a réuni en septembre 2021 une petite équipe de jeunes chercheurs (deux philosophes en doctorat, Helena Bensimon et Gabriele Pulvirenti, et deux littéraires agrégés et docteurs, Marianne Albertan-Coppola et Maxime Triquenaux) pour travailler sur le Manuscrit de L’Esprit des lois : aussi bien pour la mise en ligne que pour des études individuelles (dans l’esprit de ce qu’avait fait Maxime Triquenaux sur le travail stylistique de Montesquieu à travers les corrections du livre IV). Ce travail en est à ses débuts, et on ne peut préjuger de ses résultats ; c’est au moins une tentative pour draîner de jeunes chercheurs vers Montesquieu (Gabriele y a lui-même été entraîné par Giovanni Paoletti ; sa thèse porte sur la notion de convenance chez Montesquieu). Ce travail en est à ses débuts ; nous devrons essayer de le mettre en valeur pour encourager ces jeunes chercheurs : conférence en ligne pour exposer leurs résultats, soutien à une publication…

Catherine Volpilhac-Auger
1er novembre 2021