Montesquieu
 

La publication des derniers fragments de l’Essai sur le goût

Première publication : Revue Montesquieu n° 6, 2002, p. 231-240

Pierre Rétat, sous le signe de Montesquieu

La publication des derniers fragments de l’Essai sur le goût

L’édition cri­ti­que des qua­tre frag­ments de l’Essai sur le goût révé­lés tar­di­ve­ment, par l’édition Plassan puis par Walckenaer, paraî­tra dans le second volume des Œuvres et écrits divers, for­mant le tome IX des Œuvres com­plè­tes en cours de publi­ca­tion par la Voltaire Foundation. Walckenaer se les était pro­cu­rés en 1795 par un ami bor­de­lais, avait trans­mis le pre­mier ( » Des règles ») au libraire Bernard pour la grande édition de l’an IV, dési­gnée com­mu­né­ment comme l’édition Plassan, et avait lui-même publié les trois autres en 1804 dans une revue, les Archives lit­té­rai­res de l’Europe : il s’agit des sec­tions qui depuis lors ter­mi­nent l’Essai sur le goût dans tou­tes les éditions, « Plaisir fondé sur la rai­son », « De la consi­dé­ra­tion de la situa­tion meilleure » et « Plaisir causé par les jeux, chu­tes, contras­tes ». Les manus­crits de ces trois der­niers nous sont par­ve­nus, seul nous man­que celui de « Des règles ».

Je vou­drais ras­sem­bler ici quel­ques docu­ments qui éclairent cet épisode de la publi­ca­tion pos­thume des manus­crits de Montesquieu, la connais­sance qu’on avait, à la fin de la période révo­lu­tion­naire, de ceux qu’il avait lais­sés, et les crain­tes qu’on nour­ris­sait sur leur conser­va­tion. Jusqu’à pré­sent on ne sem­ble pas avoir porté à ces docu­ments l’atten­tion qu’ils méri­tent ; eux seuls pour­tant per­met­tent de cor­ri­ger quel­ques erreurs et de dis­si­per des incer­ti­tu­des que les éditeurs moder­nes de l’Essai sur le goût ont laissé sub­sis­ter.

L’essen­tiel de l’infor­ma­tion nous est donné par le Journal de Paris, par la Décade phi­lo­so­phi­que, et sur­tout par le Magasin ency­clo­pé­di­que. La revue d’Aubin-Louis Millin, qui paraît de 1795 à 1816, est un des plus impor­tants pério­di­ques lit­té­rai­res fran­çais de cette époque. C’est là qu’on peut sui­vre, de la façon la plus com­plète et la plus pré­cise, les étapes de la mise au jour de ces frag­ments. L’état des col­lec­tions rend pour­tant malaisé l’établissement d’une chro­no­lo­gie exacte des livrai­sons, si néces­saire en l’occur­rence : toute trace de numé­ro­ta­tion et de data­tion a en effet dis­paru lors­que les livrai­sons ont été réu­nies en tomes ; on est donc contraint de les res­ti­tuer en sup­po­sant une régu­la­rité de publi­ca­tion qui n’est pas abso­lu­ment sûre1.

Qu’on ne se méprenne pas dans le titre de cet exposé sur l’expres­sion « der­niers frag­ments » : ce sont sim­ple­ment les der­niers publiés et pla­cés à ce titre à la fin du texte, qui dans l’Encyclopédie était lui-même dési­gné comme un « frag­ment ». Rien ne prouve abso­lu­ment qu’ils aient été des­ti­nés à ce qui a été appelé Essai sur le goût, rien n’indi­que la place qu’ils y auraient occu­pée, à sup­po­ser qu’on puisse leur en trou­ver une.

Il faut par­tir du Journal de Paris, où Walckenaer révèle en mai 1796 l’exis­tence des frag­ments de l’Essai sur le goût, exprime le sou­hait que l’un d’entre eux soit publié, et livre au public la let­tre de l’ami bor­de­lais qui les lui a trans­mis. Nous citons ce texte en entier2, car il est, sans qu’on s’y soit jamais référé, à l’ori­gine de tout ce qui a été retrans­crit et répété ensuite, jusqu’aux éditions moder­nes.

Aux Auteurs du Journal.

Paris, le 30 Floréal, an 4e

CITOYENS,

Un de mes amis vient de me faire par­ve­nir un manus­crit auto­gra­phe de l’illus­tre Montesquieu, conte­nant quel­ques frag­mens de l’Essai sur le Goût. Parmi ces frag­mens, il en est un qui m’a paru achevé, & méri­ter une place à côté des meilleurs mor­ceaux de ce petit écrit ; il est inti­tulé : Des Règles. En atten­dant qu’une édition plus com­plette & plus soi­gnée que tou­tes cel­les qui ont paru jusqu’à pré­sent des Œuvres de ce grand homme, me mette à por­tée (d’en faire part)3 au public. J’ose espé­rer, citoyens, que vous vou­drez bien accor­der dans votre jour­nal, une place à la let­tre dont mon ami accom­pa­gna son envoi. Plus d’un lec­teur s’inte­res­sera sans-doute aux détails qu’elle contient. Si quelqu’un d’entre eux avoit assez de cré­dit pour obte­nir qu’on ren­dît jus­tice aux des­cen­dans d’un sage dont l’Europe admire le génie & la vertu, & qu’il eût assez d’huma­nité pour le vou­loir ; com­bien alors mon ami me par­don­ne­roit faci­le­ment d’avoir livré sans son aveu, aux regards du public, des lignes qu’il avoit tracé seu­le­ment pour les yeux de l’ami­tié.

Votre abonné,

WALCKENAER

Bordeaux, le 29 ven­tôse, an 4e

« Mon cher ami veut bien se char­ger de te remet­tre le manus­crit que je t’ai annoncé. Je sou­hai­te­rois que le pré­sent fût plus consi­dé­ra­ble ; ce n’est à pro­pre­ment par­ler qu’un frag­ment de l’Essai sur le goût. Malgré cela, je pense que tu ne par­cour­ras pas sans inté­rêt ces lignes écrites par Montesquieu, & que tu éprouveras un cer­tain sen­ti­ment de res­pect pour ce papier, en son­geant aux illus­tres mains qui l’ont tou­ché. Notre ami tenoit ces trois feuilles du secré­taire de M. de Secondat qui, vers la fin de 1793, lors­que le sang com­men­çoit à cou­ler à Bordeaux, jeta au feu beau­coup de papiers & de manus­crits de son père, dans la crainte, disoit-il, qu’on ne vînt à y décou­vrir des pré­tex­tes pour inquié­ter sa famille. Le secré­taire de M. de Secondat, qui l’aidoit dans cette fatale opé­ra­tion, à laquelle il essaya en vain de s’oppo­ser, eût la per­mis­sion de dis­traire le mor­ceau que je t’envoie. Selon toute appa­rence, les maté­riaux de l’Esprit des lois, ran­gés avec beau­coup d’ordre dans plu­sieurs car­tons, ont été brû­lés à cette époque. M. de Secondat est mort, il y a trois mois4 ; son fils s’est dérobé à la per­sé­cu­tion : de sorte qu’il ne reste plus en France que la vieille Mme Secondat de toute la famille de l’immor­tel Montesquieu. J’ai visité, il n’y a pas long-temps, le châ­teau de Labrède ; j’ai vu & tou­ché les beaux arbres qu’il avoit planté, & dont il parle tant dans ses let­tres5. Hélas ! la hache ne les a pas res­pecté ; c’est au nom de la nation que tous les jours on détruit ces bel­les plan­ta­tions, au milieu des­quel­les on se seroit plu à venir hono­rer un des plus beaux génies que la France ait pro­duit. La haute estime & le pro­fond res­pect que M. de Secondat avoit pour son père, fai­soient qu’il avoit laissé le châ­teau de Labrède dans le même état qu’il l’avoit trouvé à sa mort ; on y voit sa cham­bre, son lit, sa chaise, la table sur laquelle il écrivoit ; les livres de sa biblio­thè­que sont dans l’ordre où il les a lais­sés. Il y a à-peu-près une dou­zaine d’armoi­res étiquetées cha­cune selon l’espèce de livres qu’elles contien­nent. Les scel­lés y ont été appo­sés trois ou qua­tre fois, &c.…

Signé Charles-Aimé ROULLET.

Pour copie conforme : WALCKENAER.

Le Magasin ency­clo­pé­di­que publie le 15 ther­mi­dor an IV (1er août 1796), dans ses « Nouvelles lit­té­rai­res », un résumé de ce texte : le nom de l’expé­di­teur bor­de­lais dis­pa­raît et n’est conser­vée, après une courte intro­duc­tion et avec quel­ques modi­fi­ca­tions, que la par­tie de sa let­tre où il évoque la Terreur, la « fatale opé­ra­tion » et la mort du fils de Montesquieu6.

C’est peu de temps avant ven­dé­miaire an VI (fin sep­tem­bre 1797) qu’est publié le tome III de l’édition Plassan7 : le frag­ment « Des règles » y paraît, selon le vœu exprimé par Walckenaer, qui l’a trans­mis au libraire Bernard, et il y est accom­pa­gné d’une ver­sion pres­que inté­grale de la let­tre de Roullet, mais tou­jours sans sa signa­ture ; la phrase où il est ques­tion de l’émigration du fils de Jean-Baptiste est omise8.

Il sem­ble évident que les éditeurs ont voulu faire cir­cu­ler ce frag­ment comme « bon­nes feuilles » pour la publi­cité de l’édition, car on le trouve repro­duit pres­que simul­ta­né­ment à la fois dans La Décade et dans le Magasin ency­clo­pé­di­que, avec une pré­sen­ta­tion et un com­men­taire iden­ti­ques. On y affirme que le texte a été « envoyé de Bordeaux au citoyen Bernard », que le « secré­taire » de Jean-Baptiste de Secondat « avait eu la per­mis­sion d’en pren­dre copie », on y résume la let­tre du cor­res­pon­dant de Bordeaux (en ne rete­nant que la « fatale opé­ra­tion »), et on ajoute :

Malgré cette perte, nous avons lieu de croire que si le Corps légis­la­tif ou le Gouvernement vou­loient hono­rer, comme ils le devroient, la mémoire d’un des plus beaux génies qu’ait pro­duit la France, que s’ils avoient pour sa famille, qui a pro­di­gieu­se­ment souf­fert de la révo­lu­tion dans ses pro­prié­tés, quel­ques-uns de ces égards qu’il fau­droit peut-être appe­ler de la jus­tice plu­tôt que de la géné­ro­sité, il y a lieu de croire, dis-je, que l’on pour­roit recou­vrer des ouvra­ges pré­cieux de l’auteur de l’Esprit des lois. Une nation ne peut réel­le­ment être grande si elle ne sait pas hono­rer les grands hom­mes9.

Mais peu après le jour­nal publie une let­tre de Walckenaer, datée de Toutteville le 29 sep­tem­bre 1797, qui dénonce l ’« erreur » qui s’est glis­sée dans l’édition Plassan :

Ce n’est point d’après une copie, mais d’après l’ori­gi­nal écrit de la main même de Montesquieu, et qui est en ma pos­ses­sion, que ce frag­ment a été imprimé : il me fut envoyé de Bordeaux par un ami, avec plu­sieurs autres de même nature trop infor­mes pour pou­voir être publiés. A cette époque, comme à pré­sent, nos événemens poli­ti­ques avoient rendu le public très-peu atten­tif à ceux qui se pas­soient dans le monde lit­té­raire ; je dési­rois cepen­dant contri­buer, autant qu’il étoit en moi, à répa­rer les torts de la nation envers la famille d’un des grands hom­mes dont elle doit le plus se glo­ri­fier. Quoique je n’eusse alors et n’eusse jamais eu avec elle aucun rap­port direct ou indi­rect, je tâchai, par une let­tre, insé­rée dans le jour­nal de Paris, le 12 prai­rial an IV, d’appe­ler l’atten­tion du gou­ver­ne­ment et du corps légis­la­tif sur la situa­tion mal­heu­reuse où elle se trou­voit ; je pris en même temps l’enga­ge­ment de don­ner au public le frag­ment que vous avez imprimé dans votre notice aus­si­tôt qu’une édition des Œuvres de Montesquieu plus exacte que tou­tes cel­les qui avoient paru jusqu’à pré­sent m’en four­ni­roit l’occa­sion. J’ai rem­pli cet enga­ge­ment en le com­mu­ni­quant à M. Bernard ; et la copie qu’il en a tiré pour le livrer à l’impres­sion est la seule qui en ait été faite ; il a ajouté en note, dans son édition, la let­tre dont mon ami avoit accom­pa­gné son envoi. Cette let­tre avoit déjà paru dans le jour­nal de Paris ; et comme elle sem­ble faire crain­dre que les manus­crits de Montesquieu aient été brû­lés presqu’en entier, je crois devoir annon­cer que d’après des ren­sei­gne­mens ulté­rieurs il paroît cer­tain que la por­tion la plus inté­res­sante de ces manus­crits existe encore : la col­lec­tion rem­plit, dit-on, vingt-sept car­tons. Il est vrai que les maté­riaux de l’esprit des lois en com­po­sent la plus grande par­tie ; mais elle contient en outre plu­sieurs écrits très-inté­res­sans, entr’autre un voyage en Prusse, que des rai­sons d’égards et de pru­dence qui n’exis­tent plus ou qui ne peu­vent pas exis­ter long-temps avoient empê­ché l’auteur de publier.

Walckenaer annonce enfin l’édition sépa­rée des iné­dits de Montesquieu et regrette que la « situa­tion mal­heu­reuse où se trouve la famille s’oppose à l’impres­sion des manus­crits qu’elle pos­sède encore »10.

Cette rec­ti­fi­ca­tion ne sem­ble guère avoir été enten­due, puis­que l’édition des Œuvres pos­thu­mes in-douze par Plassan, Bernard et Grégoire, à la fin de 1797, repro­duit sans chan­ge­ment le texte de « Des règles » et la note qui l’accom­pa­gnait au tome III de l’édition des Œuvres11 ; l’annonce qu’en fait le Magasin ency­clo­pé­di­que lui-même reprend sans aucune réserve l’anec­dote des manus­crits brû­lés en ajou­tant : « il faut espé­rer que tout n’aura pas été la proie des flam­mes et que le petit-fils de Montesquieu sera moins réservé que son père »12.

Le der­nier épisode de la publi­ca­tion des frag­ments prend place dans les Archives lit­té­rai­res de l’Europe, où paraît en 1804 une « Lettre de C. A. Walckenaer, Aux rédac­teurs des Archives Littéraires, conte­nant une notice des manus­crits iné­dits de Montesquieu, sui­vie de qua­tre cha­pi­tres iné­dits de l’Essai sur le goût »13. Walckenaer y publie les qua­tre frag­ments « exac­te­ment copiés du manus­crit auto­gra­phe » qu’il pos­sède ; il rap­pelle qu’il avait com­mu­ni­qué le pre­mier à Bernard, avec la let­tre d’accom­pa­gne­ment : « Cette let­tre avait déjà été impri­mée dans le Journal de Paris, lors­que dans ma sim­pli­cité je crus qu’il suf­fi­sait d’appe­ler l’atten­tion du gou­ver­ne­ment sur ce grand nom de Montesquieu, pour obte­nir envers sa famille l’adou­cis­se­ment de lois trop rigou­reu­ses, ou une inter­pré­ta­tion plus favo­ra­ble aux inté­rêts de ses des­cen­dants ». Il rap­pelle aussi qu’il a démenti depuis lors l’anec­dote de la des­truc­tion des manus­crits par le feu, et énumère les manus­crits qu’il a vus : des cahiers conte­nant des « mor­ceaux qui n’ont pu entrer dans l’Esprit des lois » ; « un roman saty­ri­que, inti­tulé : Le Métempsycosiste, en six cahiers fort min­ces ; ils sont copiés au net et ne sont pas de la main de Montesquieu. – Je n’ai lu qu’un seul cahier de ce roman, qui m’a paru peu digne de son auteur. Il est dans le genre de ceux de Voltaire ; mais infé­rieur pour l’enjoue­ment et la grâce » ; enfin Mes pen­sées. Il croit qu’il existe d’autres manus­crits, qu’il n’a pas vus : « J’ignore même ce que ceux-là sont deve­nus ; on m’a écrit qu’on ne les croyait plus en France. Puisse cette nou­velle fâcheuse se trou­ver aussi peu fon­dée que celle qui annon­çait qu’ils avaient été la proie des flam­mes ! »

Walckenaer révèle ainsi les der­niers frag­ments en sa pos­ses­sion ; mais il donne aussi une nou­velle édition de « Des règles », avec cette note : « Je publie ce frag­ment, quoi­que déjà imprimé, parce qu’il s’est glissé des fau­tes gra­ves dans la copie qu’en a fait M. Bernard »14. On y cons­tate en effet plu­sieurs varian­tes impor­tan­tes par rap­port au texte de l’édition Plassan.

Ces docu­ments sug­gè­rent plu­sieurs réflexions.

Les frag­ments ont été inté­grés aux éditions des œuvres de Montesquieu qui en ont suivi la publi­ca­tion. En 1799 l’édition Decker des Œuvres et en 1807 les Œuvres mêlées et pos­thu­mes de l’édition sté­réo­type de Didot ne contien­nent encore que « Des règles », dans le texte de l’édition Plassan et avec la note15. Mais l’édition Lefèvre de 1816 publie les qua­tre frag­ments d’après les Archives lit­té­rai­res16, et ce sera dès lors l’usage com­mun. Laboulaye a l’idée de retour­ner au pre­mier texte de « Des règles », mais accu­mule les inexac­ti­tu­des17 ; dans l’édition Masson, Xavier Védère suit Laboulaye pres­que en tout ; du moins devine-t-il juste en sup­po­sant que l’auteur de la let­tre de nivôse an IV est en réa­lité Charles Roullet18. Enfin dans son édition de l’Essai sur le goût, Charles J. Beyer affirme encore que « Des règles » a été publié d’abord dans les Œuvres pos­thu­mes de 179819. Mais s’il les avait vues il aurait néces­sai­re­ment cons­taté que le texte en était dif­fé­rent de celui de 1804, qu’il repro­duit lui-même, et qu’il n’avait pas vu non plus, car la note de Walckenaer l’aurait alerté. Il arrive que des tra­di­tions tex­tuel­les appa­rem­ment tran­quilles ren­dent les éditeurs peu curieux.

Il faut avouer aussi que, dans la let­tre si sou­vent citée, l’anec­dote des manus­crits brû­lés, le secré­taire qui s’oppose vai­ne­ment à la « fatale opé­ra­tion », le mor­ceau « dis­trait » grâce à la per­mis­sion excep­tion­nelle du fils, tout cela avait de quoi éveiller les soup­çons d’un esprit moyen­ne­ment cri­ti­que. Même si l’on igno­rait le démenti public dont elle a fait l’objet sur ce point, rien n’empê­chait d’émettre quel­que doute20. Il faut croire que le spec­ta­cle de manus­crits livrés au feu plaît à l’ima­gi­na­tion, puis­que le Magasin ency­clo­pé­di­que, nous l’avons vu, à quel­ques livrai­sons de dis­tance, sem­ble lui-même oublier ce démenti. Et on en trou­ve­rait bien d’autres preu­ves.

Une autre évidence s’impose : l’édition Plassan, pré­vue pour être publiée entiè­re­ment en l’an IV, et dont tous les tomes por­tent cette date, s’est en réa­lité étendue sur une période assez lon­gue, jusqu’à la fin de 179721, et les Œuvres pos­thu­mes in-douze datées 1798 l’ont sui­vie immé­dia­te­ment à la fin de la même année. Ce qui prouve qu’une data­tion pure­ment biblio­gra­phi­que est par­fois insuf­fi­sante, et que seule la presse pério­di­que, en dehors de sour­ces manus­cri­tes, per­met d’établir une chro­no­lo­gie fine.

Les der­niers frag­ments de l’Essai sur le goût n’étaient pas une révé­la­tion bou­le­ver­sante ; l’his­toire de leur publi­ca­tion vaut pour­tant la peine d’être sui­vie, car elle tou­che aux moments trou­bles et dif­fi­ci­les qu’ont tra­ver­sés la famille et l’héri­tage de Montesquieu pen­dant la Révolution, aux inter­ro­ga­tions des contem­po­rains sur leur sort, et aux ques­tions sans réponse claire que nous nous posons tou­jours sur l’état des manus­crits de La Brède à cette époque et les hasards qu’ils ont cou­rus22. C’est par les jour­naux, par les annon­ces et les let­tres qui entou­rent ces frag­ments que le public en est averti dans les années 1796-1797, riches en docu­ments à cet égard grâce à l’ini­tia­tive de Walckenaer. Ce der­nier, qui devait plus tard s’inté­res­ser encore à Montesquieu et à l’édition de ses œuvres23, fait ici en quel­que sorte ses pre­miè­res armes. Il est pos­si­ble que ses sen­ti­ments légi­ti­mis­tes modé­rés, qui devaient se mani­fes­ter sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, l’aient attiré vers un écrivain dont la pen­sée poli­ti­que retrou­vait son actua­lité à la sor­tie de la Révolution, et l’aient conduit à pren­dre la défense d’une famille vic­time des lois sur les émigrés. Mais le hasard des rela­tions a dû jouer un rôle plus impor­tant. Nous ne savons pas com­ment se sont nouées cel­les qui unis­saient Walckenaer à Roullet. Il est sûr que ce der­nier était lui-même très lié à Joachim Lainé : tous deux sont exac­te­ment contem­po­rains et mem­bres du bar­reau de Bordeaux avant et pen­dant la Révolution24.

Il reste que les cir­cons­tan­ces dans les­quel­les Walckenaer s’est pro­curé ces manus­crits sont obs­cu­res. Récapitulons ce qu’il en dit. Un « ami » les tient du secré­taire de Jean-Baptiste de Secondat, après une des­truc­tion par le feu qui n’eut pas lieu, à la fin de 1793. Roullet les envoie en mars 1796, le public en est averti en mai de la même année, et en sep­tem­bre Walckenaer affirme qu’il n’a jamais eu avec la famille de Montesquieu « aucun rap­port direct ou indi­rect » ; il donne par ouï-dire des nou­vel­les des manus­crits, y com­pris d’un « voyage en Prusse ». En 1804, enfin, il publie les trois frag­ments qu’il avait d’abord décla­rés impu­blia­bles ; il dit avoir vu lui-même les manus­crits25, mais il doute qu’ils soient encore en France.

Paul Bonnefon a publié en 1910 dans la Revue d’his­toire lit­té­raire de la France, avec les Considérations sur les riches­ses de l’Espagne, une let­tre de Walckenaer à Michaud le jeune du 10 juin 1843, où l’on trouve une tout autre ver­sion des faits. Le petit-fils de Montesquieu, émigré en Angleterre, envoya en France les manus­crits, « offrant de les don­ner à la Nation si on vou­lait ren­dre à sa famille la por­tion de biens qui lui appar­te­nait et à laquelle il renon­çait pour sa part ». Joachim Lainé est chargé de négo­cier l’affaire ; sur la recom­man­da­tion de Roullet, il ren­contre à Paris Walckenaer et l’asso­cie aux démar­ches, qui res­tent d’ailleurs vai­nes ; comme il avait apporté les manus­crits, il per­met à Walckenaer d’en pren­dre connais­sance, et de mémoire ce der­nier com­pose la « courte ana­lyse » insé­rée dans les Archives lit­té­rai­res de 1804. C’est alors qu’un « mem­bre de la famille de Montesquieu », pour le remer­cier de son aide, lui envoie « trois cha­pi­tres iné­dits de l’Essai sur le goût »26.

De nom­breu­ses années avaient passé lors­que Walckenaer écrivait cette let­tre en 1843 (il avait alors soixante-douze ans). Il com­met des erreurs de détail évidentes27. Mais sur­tout ce que l’on sait de façon sûre, même si les détails nous échappent, rend sa ver­sion des événements extrê­me­ment pro­blé­ma­ti­que. Les let­tres citées par Raymond Céleste dans son « Histoire des manus­crits iné­dits de Montesquieu » attes­tent que Jean-Baptiste de Secondat les a confiés avant sa mort à Joachim Lainé et à son frère Honorat Lainé, pro­prié­tai­res d’un domaine pro­che de La Brède ; c’est seu­le­ment en 1800 et 1801 qu’il est ques­tion de la renon­cia­tion du petit-fils de Montesquieu, Charles-Louis, à la pro­priété des manus­crits en faveur de son cou­sin Joseph-Cyrille et en vue d’une publi­ca­tion, pour que fût ren­due pos­si­ble la suc­ces­sion en dépit des lois contre les émigrés ; et c’est après sa radia­tion de la liste des émigrés en novem­bre 1801 qu’il emporte quel­ques manus­crits en Angleterre ; une let­tre de 1803 laisse enten­dre qu’il songe à en éditer « quel­ques frag­ments »28.

Il n’y a donc rien ici qui ne nous invite au doute et au soup­çon. Nous som­mes en pré­sence de deux docu­ments qui s’inva­li­dent l’un l’autre. La let­tre de Roullet (comme les tex­tes du Magasin ency­clo­pé­di­que et l’édition Plassan) prouve clai­re­ment que Walckenaer était en pos­ses­sion des manus­crits dès 1796 ; celle de 1843 affirme qu’il les a reçus de la famille à un moment qu’il ne pré­cise pas mais qui d’après les cir­cons­tan­ces qu’il évoque ne peut être anté­rieur à 1800 : oubliés alors le secré­taire, l’épisode dra­ma­ti­que du fils aux abois brû­lant les papiers du père, dont on doit sup­po­ser qu’il était pure fic­tion, des­ti­née à émouvoir le public et sans doute aussi à cacher l’ori­gine réelle des manus­crits. Si l’on sup­po­sait que la famille de Montesquieu les avait don­nés dès 1796 pour favo­ri­ser une inter­ven­tion de Walckenaer dans la presse, en deman­dant la dis­cré­tion pour que la démar­che eût l’appa­rence du désin­té­res­se­ment, pour­quoi alors l’avoir caché plus tard au prix des pires contra­dic­tions ?

L’écheveau des dif­fi­cultés laisse pen­ser que Walckenaer brouille volon­tai­re­ment les pis­tes. Sans doute a-t-il tenté, de diver­ses façons et non sans obs­ti­na­tion, de se lan­cer dans la course à une nou­velle édition de Montesquieu. Les frag­ments de l’Essai sur le goût ont peut-être été dis­traits des manus­crits dépo­sés chez Lainé ; en 1799 il essaie d’en obte­nir de nou­veaux, comme le prouve une autre let­tre à Roullet décou­verte par Xavier Védère29. Sans doute s’est-il décidé à publier en 1804 les trois frag­ments encore en sa pos­ses­sion, faute de mener à bien une entre­prise plus ambi­tieuse.

Le Magasin encyclopédique paraît deux fois par mois, en livraisons de neuf feuilles in-octavo, soit 144 pages ; chaque tome est constitué de quatre livraisons. Une annonce de la troisième année dans le Journal de Paris (12 prairial an V, 31 mai 1797) fixe la sortie du premier numéro au 15 floréal, et promet une expédition exacte les 15 et 30 de chaque mois. Nous datons les livraisons d’après ce repère, et nous suppléons la numérotation.

Journal de Paris, n°252, 12 prairial an IV, 31 mai 1796, p. 1009-1010.

On peut supposer que cette parenthèse signale des mots suppléés.

Jean-Baptiste de Secondat était mort le 17 juin 1795, ce qui jusqu’au 29 ventôse (18 mars 1796) fait en réalité plus de six mois. Sa veuve devait mourir en 1801. Leur fils est Charles-Louis de Secondat (1749-1824), qui avait émigré en novembre 1791.

Je n’ai rien trouvé d’aussi précis dans les lettres dont les lecteurs disposaient à l’époque ; voir, dans les Lettres familières (s. l., 1767) la lettre 39 à Guasco, La Brède, 16 mars 1752, p. 165 : « […] le Château de La Brède, que j’ai si fort embelli depuis que vous ne l’avez vu ? C’est le plus beau lieu champêtre que je connoisse […] Enfin je jouis de mes prés ». Voir aussi la lettre 42, au même, La Brède, 4 octobre 1752, p. 181.

An IV, 1796, t. I, n°[3], p. 407. La partie conservée va, dans le texte ci-dessus, de « Le tout consiste en trois feuilles […] » à « […] de toute la famille de l’immortel Montesquieu. »

Voir Magasin encyclopédique, t. III, n° [2], 1er vendémiaire an VI, 22 septembre 1797, p. 269 : « Ce volume vient de paraître, et bientôt on aura le quatrième. »

Œuvres, t. III, p. 287 ; la lettre est en note. A la place de « Mon cher ami veut bien », au début, on trouve « P……… veut bien » ; la phrase omise est « son fils s’est dérobé […] de l’immortel Montesquieu » ; il y a en outre quelques modifications de détail.

Magasin encyclopédique, t. III, n° [2], p. 268-270 ; La Décade philosophique, littéraire et politique, n° 36, 30 fructidor an V, 16 septembre 1797, p. 554-555. Notons que les éditeurs avaient déjà donné en « bonnes feuilles », mais cette fois-ci avant l’édition, le « Discours prononcé par Montesquieu à l’Académie des sciences de Bordeaux, le 15 Novembre 1725, sur les motifs qui doivent nous encourager aux sciences », avec la note : « Ce morceau inédit, ainsi que plusieurs autres plus étendus, seront insérés dans la belle édition des œuvres de Montesquieu que donnent les cit. Plassan, Bernard et Régent, et dont le second volume vient de paraître » (La Décade, n° 7, 10 frimaire an V, 30 novembre 1796, p. 390-395). Ce discours devait paraître dans le tome IV des Œuvres (p. 298-304) un an après. Si l’on tient à une chronologie stricte, il faut donc en situer la première édition dans La Décade.

Ibid., t. III, n° [4], 1er brumaire an VI ( 22 octobre 1797), p. 540-542.

« Des Règles, Chapitre qui termine l’Essai sur le goût », Œuvres posthumes in-12, an VI, 1798, p. 275-277. Il en est encore de même dans l’édition in-octavo, an VI, 1798, p. 209-211.

Magasin encyclopédique, 3e année, t. V, n° [1], 15 nivôse an VI, 4 janvier 1798, p. 98. Ce long texte (p. 97-110), dans la rubrique « Mélanges », est signé A. J. D. B. ; il détaille les pièces qui composent les Œuvres posthumes, et exalte Montesquieu, qui « sera placé par la postérité à côté de Confucius, de Solon, de Numa, de Pen et de tous les régulateurs des sociétés humaines » (p. 97-98). La sortie des Œuvres posthumes in-douze était annoncée dans le n° [3] du 15 frimaire an VI, 5 décembre 1797.

Archives littéraires de l’Europe, ou Mélanges de littérature, d’histoire et de philosophie. Par une Société de Gens de Lettres. Suivies d’une gazette littéraire universelle, Paris, chez Henrichs, Tubingue, chez Cotte, t. II, 1804, p. 301-311. Cette revue a paru en dix-sept volumes, de 1804 à 1808.

Page 305.

Œuvres, t. VI, p. 333-334 (« Des règles, chapitre qui termine l’Essai sur le goût »), Œuvres mêlées et posthumes, t. I, p. 179-180.

Œuvres complètes, t. VI, Œuvres diverses, p. 189-191 ; ces dernières pages sont imprimées en plus petits caractères, avec une note qui renvoie aux Archives littéraires et précise : « Ce fragment rectifié, et les trois suivants, ne se trouvent dans aucune autre édition » ; seule une note de « Plaisir fondé sur la raison » (où Montesquieu évoquait une peinture de Mignard à Versailles) a disparu, et elle ne reparaîtra plus jamais. L’édition Dalibon de 1822 note : « Les quatre derniers chapitres ne se trouvent que dans les éditions modernes. Je les donne tels que je les ai trouvés, sans en garantir l’authenticité » (t. VII, Œuvres diverses, p. 126).

Il affirme que « Des règles » a d’abord paru dans les Œuvres posthumes de 1798, et le reste dans ce qu’il appelle les Annales littéraires ; mais il a le mérite de comparer le texte de 1798 et celui de 1804, et signale des variantes. Il cite partiellement la note contenant la lettre du 29 nivôse an IV, qu’il attribue à Millin (Œuvres complètes, t. VII, 1879, p. 113-114, 142-147).

Œuvres complètes, Paris, Nagel, t. III, 1955, p. 530.

Essai sur le goût, Genève, Droz, 1967, p. 98 ; il évoque « la plus récente hypothèse » qui attribue la lettre à Roullet. Notons que Robert Shackleton renvoyait correctement, en 1961, dans sa biographie critique, au tome III de l’édition Plassan.

Exceptons Laboulaye, qui écrit : « On y a joint une histoire merveilleuse, de la vérité de laquelle je n’oserais me porter garant » (t. VII, p. 143).

Dans l’annonce des libraires en vue de la souscription, le premier volume était prévu pour frimaire an IV (décembre 1795), et « les autres trois tous les trois mois » (R. Céleste, « Histoire des manuscrits inédits de Montesquieu », Mélanges inédits, Bordeaux, Gounouilhou, 1892, p. XXI), ce qui aurait mené jusqu’en fructidor environ. En fait le premier volume ne sera présenté par les libraires au Corps législatif, avec le buste de Montesquieu, que le 12 ventôse an IV, 2 mars 1796 (Le Moniteur, n° 166, 16 ventôse ; sur cette séance, et la question de l’accueil du buste dans la salle des Anciens, voir J. Ehrard, « 1795, “année Montesquieu” ? », dans L’Esprit des mots, Genève, Droz, 1998, p. 322-325) ; le second volume paraît vers novembre 1796, le troisième vers septembre 1797, les deux derniers avant décembre.

Voir R. Céleste, ouvr. cité, p. IX-XLII, et Georges Benrekassa, « Le legs manuscrit de Montesquieu : des “œuvres” de 1758 aux “œuvres complètes” du XXIe siècle », à paraître dans le tome I des Œuvres complètes en cours de publication.

Son article « Montesquieu » paraît d’abord au tome XXXIX de la Biographie universelle Michaud (1821) ; il est repris dans les Vies de plusieurs personnages célèbres des temps anciens et modernes, Laon, 1830, t. II, p. 259-303, où Montesquieu voisine avec Épaminondas, Jeanne d’Arc, Marco Polo, Hume, etc. ; on le retrouve encore sous le titre « Notice sur la vie de Montesquieu » en tête de l’édition Parrelle des Œuvres complètes (Paris, Lefèvre, 1835, p. V-XXII).

Charles Roullet (1769-1847) fit partie avec Lainé de la députation envoyée par la ville de Bordeaux à la fête de la Fédération. Il devint après 1830 premier président de la Cour royale de Bordeaux (voir Georges Calmon, Éloge de M. Roullet, Bordeaux, Crugy, 1869). Joachim Lainé (1767-1865), également membre du barreau de Bordeaux, membre de l’administration départementale de la Gironde en 1795, est le futur ministre de Louis XVIII.

La liste qu’il en donne dans l’article « Montesquieu » de la Biographie universelle est semblable, à quelques détails près, à celle qui a paru dans les Archives littéraires en 1804 ; on en retrouve les éléments dans le Catalogue des manuscrits envoyés en Angleterre, de 1818, publié dans l’édition Masson (t. III, p. 1575-1582) et reproduit dans L’Atelier de Montesquieu, par Catherine Volpilhac-Auger, Cahiers Montesquieu 7, 2001, p. 276-280 [voir : http://montesquieu.huma-num.fr/edit…].

Revue d’histoire littéraire de la France, 1910, 17e année, p. 284-285 ; Walckenaer affirme encore qu’en 1815 il a vu le petit-fils de Montesquieu à Paris, lui a proposé une édition des manuscrits, à condition de faire un « choix », après quoi l’on pourrait « brûler le reste afin que par la suite un éditeur maladroit ne vînt pas gâter l’édition qu’on aurait donnée pour la rendre plus complète ». On remarquera qu’il fait beaucoup voyager les manuscrits, d’Angleterre en France et de France en Angleterre, mais moins encore que Michaud le jeune dans l’article « Montesquieu (le baron de) », consacré au petit-fils, pour lequel la lettre de Walckenaer de 1843 devait servir de base documentaire.

Il dit par exemple que les « trois chapitres » ont été « imprimés dans un supplément aux œuvres de Montesquieu donné par le libraire Bernard » (p. 284).

Voir R. Céleste, ouvr. cité ci-dessus note 21, p. XXI-XXXIII.

« N’oublie pas de me répondre définitivement sur les renseignements que je t’ai demandé sur la famille Montesquieu et si tu as quelque espoir de te procurer de nouveaux fragments qui pourraient se trouver dans les manuscrits de l’essai sur le goût, j’en veux publier une nouvelle édition » (archives municipales de Bordeaux, ms 133, collection Roullet, n° 188, cité partiellement dans l’édition Masson, t. III, p. 530). Xavier Védère donne la seule date qui figure au bas de la lettre « ce 14 germinal », sans l’année ; comme Walckenaer annonce l’envoi de son roman L’Ile de Wight, ou Charles et Angelina, qui a paru en 1799, il s’agit donc du 14 germinal an VII, 4 avril 1799. Quelques sondages dans le considérable fonds Roullet de la bibliothèque municipale de Bordeaux (Ms 2028, vol. V-VIII pour la correspondance) ne m’ont rien livré d’autre à cet égard.