Montesquieu

Édité par Louis Desgraves † et Edgar Mass, en col­la­bo­ra­tion avec C.P. Courtney, J. Ehrard et A. Postigliola. 1998, 576 pages, 9 illus­tra­tions.

Ce tome 18 des Œuvres com­plè­tes est le pre­mier des qua­tre volu­mes annon­cés pour la Correspondance de Montesquieu : il sera suivi des tomes 19 à 21. Il est prévu que cha­cun d’eux com­porte, comme celui-ci, outre l’édition d’une par­tie des let­tres, une intro­duc­tion par­ti­cu­lière, une chro­no­lo­gie som­maire, des dos­siers bio­gra­phi­ques et une table des let­tres.

Ce pre­mier tome com­prend aussi une Introduction géné­rale et, en fin de volume, un Débat sur l’ortho­gra­phe au début du XVIIIe siè­cle. L’auteur de cette Introduction, le regretté Louis Desgraves, relate l’his­toire, lente et dif­fi­cile, de la réu­nion de la cor­res­pon­dance de Montesquieu, dont une grande par­tie sem­ble à jamais per­due, ainsi que celle de sa publi­ca­tion. Il rap­pelle que la pre­mière édition des let­tres de l’écrivain et phi­lo­so­phe est fort ancienne : pré­pa­rée, non sans inten­tions polé­mi­ques, par un ami intime de ce der­nier, l’abbé de Guasco, elle a paru à Florence en 1767. On cons­tate peu de pro­grès pen­dant le siè­cle et demi sui­vant. En 1889, les des­cen­dants de Montesquieu pren­nent la déci­sion de confier à la Société des Bibliophiles de Guyenne le soin de repren­dre la publi­ca­tion des écrits de leur ancê­tre. S’agis­sant de la cor­res­pon­dance, cela abou­tit, grâce à Raymond Céleste puis à François Gébelin, à l’édition bor­de­laise de 1914. Quarante ans plus tard, à la demande d’André Masson qui avait décidé, à l’occa­sion du bicen­te­naire de la publi­ca­tion de L’Esprit de lois, de pro­cu­rer une nou­velle édition des œuvres de Montesquieu, François Gébelin remet­tait l’ouvrage sur le métier et y ajou­tait de nom­breu­ses dizai­nes de let­tres iné­di­tes. Depuis, il y a eu les résul­tats des recher­ches de plu­sieurs spé­cia­lis­tes, ceux notam­ment de Roger Shackleton et sur­tout de René Pomeau. A cette Introduction, Louis Desgraves a ajouté une ving­taine de piè­ces jus­ti­fi­ca­ti­ves où l’on retrouve notam­ment des tex­tes de Grimm, Fréron, Madame Geoffrin, Bonnefon et Strowski.

Quant à l’étude sur l’ortho­gra­phe, elle per­met à son auteur, Edgar Mass, d’expo­ser les choix faits dans ce domaine pour l’édition, ceux d’une grande fidé­lité aux ori­gi­naux. Citant abon­dam­ment deux contem­po­rains de Montesquieu, Claude Buffier et Martin-Dominique Fertel, il aborde les ques­tions rela­ti­ves à l’emploi des majus­cu­les, à la ponc­tua­tion et natu­rel­le­ment à l’ortho­gra­phe. Ce pre­mier volume contient les 364 plus ancien­nes let­tres de la cor­res­pon­dance, que Montesquieu a envoyées ou reçues. Elles sont publiées dans l’ordre chro­no­lo­gi­que et cou­vrent la période allant de la fin du XVIIe siè­cle au 22 mars 1731. Le texte de 277 d’entre elles seu­le­ment nous est par­venu. Des autres, seule l’exis­tence est connue.

L’édition pro­pre­ment dite est pré­cé­dée, comme cela a été signalé plus haut, d’une intro­duc­tion par­ti­cu­lière : Edgar Mass s’y livre d’une part à une brève syn­thèse de cette par­tie de la cor­res­pon­dance qui s’étend de l’éducation de Juilly au retour du grand voyage à tra­vers l’Europe, d’autre part à une appro­che sta­tis­ti­que de ces let­tres. Les dos­siers bio­gra­phi­ques qu’il joint sont consa­crés à la famille, aux Berthelot, aux ducs de Berwick et de la Force et à Mademoiselle de Clermont. L’uti­li­sa­tion de l’ouvrage est faci­li­tée par une concor­dance entre la deuxième édition de Gébelin, celle de 1955, et celle-ci, par une liste alpha­bé­ti­que des cor­res­pon­dants et par une liste chro­no­lo­gi­que des let­tres.