Montesquieu
 

Eszter Kovács, Montesquieu en d’autres langues aujourd’hui : enquête sur quelques traductions (2016)

Je tiens à remer­cier Jeanne Holierhoek, Nadezda Plavinskaia, Hana Fořtová-Dohnálková, Jette Odgaard-Villemoes, Philip Stewart, János Szávai et Miguel Morgado d’avoir contri­bué à cette enquête (E.K.)

Montesquieu en d’autres langues aujourd’hui : enquête sur quelques traductions

(2016)

« S’il m’est per­mis de pré­voir la for­tune de mon ouvrage, il sera plus approuvé que lu. De pareilles lec­tu­res peu­vent être un plai­sir, elles ne sont jamais un amu­se­ment » − écrit Montesquieu dans l’arti­cle no 1723 des Pensées. L’ouvrage en ques­tion est L’Esprit des lois et Montesquieu aura en par­tie rai­son : alors que son nom reste connu et ses ouvra­ges sont tou­jours pré­sents dans les cur­sus uni­ver­si­tai­res, dans les biblio­thè­ques uni­ver­si­tai­res et muni­ci­pa­les, chez les librai­res, il n’appar­tient pas aux auteurs du XVIIIe siè­cle sou­vent lus aujourd’hui. On a plus d’une fois qua­li­fié cer­tains de ses tex­tes de lec­ture aca­dé­mi­que ou érudite, inté­res­sant seuls les spé­cia­lis­tes. En lit­té­ra­ture, on pré­fère met­tre les Lettres per­sa­nes au pro­gramme en rai­son de son carac­tère plus abor­da­ble pour les étudiants, L’Esprit des lois sem­blant être réservé aux phi­lo­so­phes et aux juris­tes. Montesquieu reste pour­tant un auteur que l’on tra­duit en d’autres lan­gues même de nos jours, ce qui témoi­gne d’un inté­rêt tou­jours actuel pour son œuvre. La tra­duc­tion est par défi­ni­tion une ten­ta­tive pour dif­fu­ser une œuvre, la pré­sen­ter à un public plus large que les seuls spé­cia­lis­tes et les tra­duc­tions for­ment aussi la pos­té­rité d’une œuvre : on peut par­ler de tra­duc­tions plus ou moins réus­sies, tou­jours uti­li­sa­bles ou datées ; il y en a qui sont tom­bées en oubli et d’autres que l’on redé­cou­vre.

Si on sou­haite étudier de manière géné­rale les tra­duc­tions de Montesquieu, on se heurte tout de suite à plu­sieurs pro­blè­mes. Premièrement, l’objec­tif de faire une biblio­gra­phie des tra­duc­tions de Montesquieu ne serait pos­si­ble que par une coo­pé­ra­tion inter­na­tio­nale. Deuxièmement, faire un exa­men glo­bal de la qua­lité de ces tra­duc­tions serait un objec­tif irréa­liste : l’ana­lyse devrait être faite par un tra­duc­teur ou cher­cheur bilin­gue pour cha­que tra­duc­tion. Il serait dif­fi­cile de dire en com­bien de lan­gues on a tra­duit des tex­tes de Montesquieu, il serait même dif­fi­cile d’établir des cri­tè­res de recen­se­ment. On retrouve des infor­ma­tions dans des études de récep­tion et les cata­lo­gues des biblio­thè­ques natio­na­les per­met­tent de repé­rer les tra­duc­tions de Montesquieu publiées et cata­lo­guées. La biblio­gra­phie en ligne recense également des tra­duc­tions seu­le­ment à par­tir de 1997, et doit être com­plé­tée au fur et à mesure1. Il existe également des bases de don­nées inter­na­tio­na­les de tra­duc­tions lit­té­rai­res mais elles sont lacu­nai­res (par exem­ple dans l’Index trans­la­tio­num de l’UNESCO les mises au jour ont été arrê­tées il y a plu­sieurs années). Il serait également dif­fi­cile de connaî­tre tous les pro­jets qui sont en cours ou d’appren­dre l’exis­tence des tra­duc­tions ina­che­vées, aban­don­nées ou res­tées en manus­crit. L’objec­tif de la pré­sente enquête était plus modeste que de dres­ser un bilan sur le plan inter­na­tio­nal : notre but était de pren­dre contact avec des tra­duc­teurs de Montesquieu et de les ques­tion­ner sur leurs expé­rien­ces, en sup­po­sant – à juste titre – que par­ta­ger ses expé­rien­ces serait ins­truc­tif.

** Traduire Montesquieu. Quelques tendances

Avant d’en venir aux ques­tions plus concrè­tes, nous pou­vons résu­mer quel­ques ten­dan­ces géné­ra­les, sans tou­te­fois tom­ber dans le piège de tout géné­ra­li­ser. L’ouvrage de Montesquieu le plus sou­vent tra­duit est les Lettres per­sa­nes : Philip Stewart en com­pare sept tra­duc­tions anglai­ses dans un arti­cle consa­cré à ce sujet et récem­ment une hui­tième a paru (voir Bibliographie et Lectures cri­ti­ques). Les pre­miè­res ten­ta­ti­ves pour tra­duire L’Esprit des lois, sou­vent par extraits, datent du XVIIIe siè­cle. La pre­mière tra­duc­tion inté­grale est celle par Thomas Nugent en 1750, pour l’anglais. L’Esprit des lois a été depuis cette date été consi­déré comme très dif­fi­cile à tra­duire, sans avoir tou­te­fois la répu­ta­tion d’être intra­dui­si­ble$Philip Stewart a depuis cette enquête entre­pris une nou­velle tra­duc­tion de L’Esprit des lois : voir le f Law -https://spi­ri­to­flaw.hypo­the­ses.ohtt… .rg/].

On consi­dère de manière géné­rale que les trois ouvra­ges les plus impor­tants à tra­duire sont L’Esprit des lois, les Lettres per­sa­nes et les Considérations sur les […] Romains, comme si ces tex­tes com­po­saient un « noyau de l’œuvre ». La tra­duc­tion inté­grale des œuvres com­plè­tes de Montesquieu sem­ble être une tâche énorme et, à notre connais­sance, le seul pro­jet contem­po­rain de telle enver­gure est Tutte le Opere, en ita­lien, une entre­prise en trois volu­mes. On peut également noter une ten­dance, qui n’est pas tou­te­fois géné­rale : les Lettres per­sa­nes sont sou­vent tra­dui­tes par un tra­duc­teur lit­té­raire et L’Esprit des lois par un ou des spé­cia­lis­tes de la phi­lo­so­phie de Montesquieu. Pourtant, en ita­lien, on peut com­pa­rer une tra­duc­tion de L’Esprit des lois faite par une tra­duc­trice lit­té­raire, Beatrice Boffito Serra (1967-1968), et une autre, due à un spé­cia­liste de Montesquieu, Sergio Cotta (1952). Jeanne Holierhoek a tra­duit et les Lettres per­sa­nes et L’Esprit des lois en néer­lan­dais, ce qui reflète en quel­que sorte sa dou­ble voca­tion de tra­duc­trice lit­té­raire et de tra­duc­trice d’œuvres phi­lo­so­phi­ques.

Il existe de plus cer­tai­nes expé­rien­ces com­mu­nes que les tra­duc­teurs par­ti­ci­pant à l’enquête ont par­ta­gées. Même s’ils étaient tous d’accord sur le fait que le public sus­cep­ti­ble d’être inté­ressé par Montesquieu est rela­ti­ve­ment res­treint, ils sont convain­cus que leur tra­duc­tion a rem­pli une lacune ou joué un rôle pour faire mieux connaî­tre ou réac­tua­li­ser l’œuvre de Montesquieu. Il s’agit tou­te­fois d’une tâche très exi­geante, sur­tout dans le cas de la tra­duc­tion de L’Esprit des lois ; et dans cer­tains pays le tra­duc­teur peut être confronté à la dif­fi­culté de trou­ver un finan­ce­ment pour un tel pro­jet. Lors de l’enquête, nous nous som­mes inté­res­sée à l’ini­tia­tive et aux condi­tions géné­ra­les du tra­vail : la tra­duc­tion de Montesquieu a-t-elle été ini­tiée par l’éditeur ou par le tra­duc­teur ? Le par­cours pro­fes­sion­nel des tra­duc­teurs est également inté­res­sant : Montesquieu est-il tra­duit par des tra­duc­teurs dits « uni­ver­si­tai­res » ou par des tra­duc­teurs dits « pro­fes­sion­nels » ? Les tra­duc­tions vieillies ou éventuellement non réus­sies sont autant de sujets à consi­dé­rer, sur­tout pour voir ce qui jus­ti­fie le pro­jet d’une nou­velle tra­duc­tion. Bien que cette enquête ne se concen­tre pas sur des ques­tions tra­duc­to­lo­gi­ques à pro­pre­ment par­ler, nous avons consulté les tra­duc­teurs sur les prin­ci­pa­les dif­fi­cultés ter­mi­no­lo­gi­ques et sty­lis­ti­ques et sur la moder­ni­sa­tion du texte. Le « sort » de leur tra­duc­tion, notam­ment la dif­fu­sion du livre après sa paru­tion et l’usage que le tra­duc­teur en a fait depuis nous ont par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sés. En revan­che, nous avons déli­bé­ré­ment évité de les ques­tion­ner sur la « réus­site » de leur tra­duc­tion, sachant qu’aucun tra­duc­teur ne peut jamais être entiè­re­ment satis­fait de son tra­vail et que cha­cun modi­fie­rait plus tard volon­tiers nom­bre de ses choix.

Les répon­ses des tra­duc­teurs ont sou­vent confirmé les ten­dan­ces géné­ra­les décri­tes plus haut. Dans le cas de L’Esprit des lois, une tra­duc­tion impré­cise peut néces­si­ter de publier une nou­velle tra­duc­tion, comme dans le cas du pre­mier tome de l’ouvrage en tchè­que, paru en 1947. Il sem­ble que l’expé­rience de tra­duire L’Esprit des lois soit vrai­ment dif­fé­rente de celle des Lettres per­sa­nes et la tra­duc­trice hol­lan­daise, Jeanne Holierhoek, sou­li­gne à ce pro­pos le carac­tère abs­trait et le lan­gage poly­sé­mi­que du pre­mier. L’appa­rat cri­ti­que néces­saire est également dif­fé­rent dans les deux cas ; le tra­duc­teur por­tu­gais de L’Esprit des lois, Miguel Morgado, regrette l’absence de véri­ta­bles notes dans la tra­duc­tion por­tu­gaise récente des Lettres per­sa­nes. Selon les répon­ses des tra­duc­teurs de dif­fé­ren­tes natio­na­li­tés, les rai­sons pour ini­tier une nou­velle tra­duc­tion de Montesquieu sont les sui­van­tes :

  • Une de ses œuvres majeures (les Lettres persanes, les Romains ou L’Esprit des lois) n’a pas été intégralement traduite dans cette langue ou la traduction existante a de défauts. L’Esprit des lois est considéré comme un ouvrage-clé, une sorte de monument qu’il faut rendre accessible dans leur langue.
  • Les traductions existantes ne sont pas d’accès facile.
  • Il faut remplacer une traduction vieillie ou publiée sans apparat critique. Dans certaines langues, une traduction du XVIIIe siècle serait peu compréhensible pour les lecteurs d’aujourd’hui. Tel est le cas de la plupart de langues européennes ayant eu une réforme linguistique au début du XIXe siècle, ce qui concerne généralement les pays de l’Est.
  • Ils ont entrepris la traduction ou accepté la sollicitation par vocation personnelle.
  • Les textes dits « mineurs » de Montesquieu peuvent également être traduits, le plus souvent pour un objectif plus précis.

Traductions récentes ou en cours en portugais, danois, tchèque, néerlandais, russe et hongrois

La tra­duc­tion inté­grale en por­tu­gais de L’Esprit des lois a paru en 2011 et celle de Lettres per­sa­nes en 2015. Cette der­nière a été faite par une tra­duc­trice pro­fes­sion­nelle, Isabel St. Aubyn, sol­li­ci­tée par l’éditeur. L’Esprit des lois a été tra­duit par un spé­cia­liste de la phi­lo­so­phie poli­ti­que, Miguel Morgado, qui avait étudié Montesquieu une dizaine d’années avant de publier sa tra­duc­tion. Il a publié d’autres tra­duc­tions en phi­lo­so­phie poli­ti­que clas­si­que et moderne, notam­ment des tex­tes de John Locke, Francis Bacon, Raymond Aron et Leo Strauss. Selon son témoi­gnage, une tra­duc­tion por­tu­gaise inté­grale était néces­saire parce que, même si l’ouvrage avait été tra­duit et publié au Brésil, les mar­chés du livre por­tu­gais et bré­si­lien sont dis­tincts, et une tra­duc­tion publiée par une mai­son d’édition au Portugal pou­vait donc rem­plir une lacune dans la recher­che et dans l’ensei­gne­ment supé­rieur. La tra­duc­tion de Miguel Morgado est accom­pa­gnée d’un appa­rat cri­ti­que, notes et intro­duc­tion de plus de cent pages. Il a remar­qué qu’un tel appa­rat cri­ti­que était absent dans les tra­duc­tions bré­si­lien­nes. Il a également noté que, parmi les tra­duc­teurs en por­tu­gais de Montesquieu, il se trou­vait un ancien pré­si­dent du Brésil, Fernando Henrique Cardoso, dont la tra­duc­tion abré­gée de L’Esprit des lois a paru en 1982.

La pre­mière tra­duc­tion inté­grale des Lettres per­sa­nes en danois est actuel­le­ment un pro­jet en cours, ini­tié par la tra­duc­trice, Jette Odgaard-Villemoes. Comme elle l’a sou­li­gné, la récep­tion de L’Esprit des lois a été impor­tante au Danemark dans les années sui­vant sa paru­tion. Il existe deux tra­duc­tions de cet ouvrage, la pre­mière parue dans les années 1770, la deuxième en 1998. De l’avis de Jette Odgaard-Villemoes, cette der­nière a attiré l’atten­tion des juris­tes et des phi­lo­so­phes danois pen­dant un cer­tain temps mais l’inté­rêt a rapi­de­ment dimi­nué et il est pra­ti­que­ment absent aujourd’hui. Quant aux Lettres per­sa­nes, avant son ini­tia­tive une ving­taine de let­tres seu­le­ment avaient été tra­dui­tes, dans deux tra­duc­tions indé­pen­dan­tes, en 1956 et en 1958.

Jette Odgaard-Villemoes sou­haite réa­li­ser sa tra­duc­tion à par­tir de l’édition cri­ti­que des Lettres per­sa­nes dans les Œuvres com­plè­tes de Montesquieu (2004), ce qui est rare même depuis la paru­tion des pre­miers volu­mes. Elle pense que les extraits des Lettres per­sa­nes en danois publiés dans les années 1950 ont été sélec­tion­nés pour l’inté­rêt du regard sati­ri­que sur la société fran­çaise et ne repré­sen­tent pour cette rai­son qu’une des valeurs du roman. La lan­gue est le danois des années 1950, un peu vieilli de nos jours. Les extraits ne sont pas anno­tés et le tra­duc­teur a modi­fié cer­tai­nes let­tres, c’est-à-dire qu’il a pris un ou plu­sieurs para­gra­phes d’une let­tre pour les pla­cer dans une autre. Autant de rai­sons donc pour en pro­po­ser une tra­duc­tion inté­grale plus fidèle.

Selon Hana Fořtová, Montesquieu est un auteur rare­ment tra­duit et étudié durant les der­niè­res décen­nies en République tchè­que. Il est sur­tout connu comme l’auteur des Lettres per­sa­nes. Il existe pour­tant une tra­duc­tion slo­va­que de L’Esprit des lois qui com­porte également les Romains et quel­ques dia­lo­gues (le slo­va­que et le tchè­que sont deux lan­gues dis­tinc­tes, mais les locu­teurs de cha­cune se com­pren­nent mutuel­le­ment à la lec­ture). Montesquieu est moins connu que d’autres auteurs de phi­lo­so­phie poli­ti­que, par exem­ple Machiavel, Hobbes, Locke, Voltaire ou Rousseau. Il est pour­tant au pro­gramme à l’uni­ver­sité en phi­lo­so­phie poli­ti­que et en his­toire du droit.

Selon Hana Fořtová, le pre­mier tome de L’Esprit des lois, tra­duit par Stanislav Lyer, publié en 1947, est impré­cis du point de vue ter­mi­no­lo­gi­que, et il ne contient pas d’appa­rat cri­ti­que. La nou­velle tra­duc­tion, inté­grale, a été publiée en deux temps ; le pre­mier tome a paru en 2010, le deuxième en 2015. Hana Fořtová est une tra­duc­trice « uni­ver­si­taire », elle est tou­te­fois mem­bre de Obec přek­la­da­telů (Association des tra­duc­teurs lit­té­rai­res en République tchè­que). Son pro­fes­seur, Aleš Havlíček, direc­teur de la mai­son d’édition OIKOYMENH, spé­cia­li­sée dans l’édition d’ouvra­ges phi­lo­so­phi­ques, l’a encou­ra­gée à tra­duire Montesquieu au début de sa car­rière : son pro­jet remonte ainsi à 2004. Une par­ti­cu­la­rité de sa tra­duc­tion est qu’elle donne également en annexe la Défense de L’Esprit des lois, les deux cri­ti­ques parues dans les Nouvelles ecclé­sias­ti­ques, les cri­ti­ques de la Sorbonne et les répon­ses de Montesquieu.

Elle a sou­li­gné la dif­fi­culté à trou­ver une sub­ven­tion pour tra­duire et publier un ouvrage comme L’Esprit des lois en Tchéquie. L’ambas­sade de France à Prague et le minis­tère de la Culture tchè­que n’en ont pas moins sub­ven­tionné le pro­jet et la tra­duc­trice a pu béné­fi­cier d’une bourse de séjour pour les tra­duc­teurs du Centre natio­nal du livre (CNL) fran­çais. Elle a également fait men­tion d’une dif­fi­culté par­ti­cu­lière durant son pro­jet : une mai­son d’édition qui n’est pas spé­cia­li­sée dans la publi­ca­tion de tex­tes phi­lo­so­phi­ques a réé­dité la tra­duc­tion de Lyer en 2003, sans aucun tra­vail de rédac­tion. Hana Fořtová a pour­tant tenu à ache­ver la tra­duc­tion des deux tomes de L’Esprit des lois.

Non seu­le­ment le public visé peut être dif­fé­rent dans le cas des Lettres per­sa­nes et de L’Esprit des lois, mais les éditeurs inté­res­sés par la tra­duc­tion de ces ouvra­ges ne sont pas tou­jours les mêmes. C’est le cas des tra­duc­tions néer­lan­dai­ses : Jeanne Holierhoek a tra­duit les Lettres per­sa­nes (2002) et L’Esprit des lois (2006) pour deux mai­sons d’éditions dif­fé­ren­tes. De Wereldbibliotheek a voulu éditer une tra­duc­tion des Lettres Persanes dans une col­lec­tion de lit­té­ra­ture clas­si­que, tan­dis que la tra­duc­tion de L’Esprit des lois a été publiée chez Boom, un éditeur de phi­lo­so­phie clas­si­que et moderne. Selon Jeanne Holierhoek, la tra­duc­tion en néer­lan­dais des Lettres per­sa­nes de 1939 (due à J.A. Sandfort) est écrite dans une lan­gue un peu archaï­que, trop solen­nelle ; le défaut prin­ci­pal de cette tra­duc­tion est que tou­tes les let­tres rela­ti­ves à la situa­tion à Ispahan ont été omi­ses, ce qui réduit le livre d’un quart et l’a rendu désé­qui­li­bré par rap­port au texte inté­gral. Pendant la tra­duc­tion de L’Esprit des lois, durant vingt mois, Jeanne Holierhoek a eu cha­que mois une réu­nion avec trois spé­cia­lis­tes : René Foqué, Willem Witteveen et Koos de Valk, et elle s’est également ser­vie de dic­tion­nai­res du fran­çais clas­si­que lors de la tra­duc­tion (Dictionnaire de l’Académie fran­çaise, Dictionnaire de Trévoux, Dictionnaire de Furetière). Selon la tra­duc­trice, la publi­ca­tion de L’Esprit des lois en néer­lan­dais a accru l’inté­rêt pour la pen­sée de Montesquieu aux Pays-Bas, elle a même attiré l’atten­tion des hom­mes poli­ti­ques, des spé­cia­lis­tes de la phi­lo­so­phie poli­ti­que et des juris­tes.

En Hongrie, on a récem­ment tra­duit cer­tains tex­tes moins longs ou des opus­cu­les de Montesquieu, notam­ment l’Essai sur le goût (tra­duit par Péter Balázs), De la manière gothi­que et Discours sur les motifs qui doi­vent nous encou­ra­ger aux scien­ces (tra­duits par moi-même). L’avan­tage de ce choix est que la tra­duc­tion, accom­pa­gnée d’un com­men­taire et de notes, peut être publiée dans un volume col­lec­tif ou dans un pério­di­que, for­mant ainsi un arti­cle. Il existe des exem­ples simi­lai­res en d’autres lan­gues : Iain Stewart a publié une tra­duc­tion des Notes sur l’Angleterre dans Oxford University Law Forum et Hana Fořtová celle du Discours sur les motifs dans une revue lit­té­raire tchè­que. L’inconvé­nient d’une telle publi­ca­tion est que la tra­duc­tion est rapi­de­ment ense­ve­lie dans des volu­mes res­tant en stock, sur­tout si elle n’est pas reprise ulté­rieu­re­ment dans une antho­lo­gie. Certaines de ces tra­duc­tions sont acces­si­bles en ligne ; c’est le cas d’une tra­duc­tion espa­gnole du Discours sur Cicéron, par Christian Felipe Pineda Pérez, ou de celle des Notes sur l’Angleterre déjà citées2.

Parmi les tra­duc­teurs hon­grois de Montesquieu, il se trouve plu­sieurs noms bien connus dans les milieux intel­lec­tuels hon­grois, par exem­ple György Rónay (1913-1978), poète, écrivain et tra­duc­teur des Lettres per­sa­nes. Imre Csécsy, l’un des tra­duc­teurs de L’Esprit des lois, était un homme poli­ti­que, retiré après les tour­nants poli­ti­ques de 1948, et le co-tra­duc­teur, Pál Sebestyén, était juriste. János Szávai est né dans une famille de lit­té­rai­res connus. Son père, Nándor Szávai et son par­rain, Albert Gyergyai, fai­saient par­tie des tra­duc­teurs les plus répu­tés de leur géné­ra­tion. János Szávai a été sol­li­cité en tant que jeune tra­duc­teur par la mai­son d’édition Európa pour tra­duire les Romains, publiés en 1975. Il se sou­vient de ce tra­vail comme d’une des ses tra­duc­tions les plus mémo­ra­bles ; la post­face qu’il avait écrite pour cette tra­duc­tion et qui, à l’époque, était l’un de rares écrits sur Montesquieu en hon­grois, a été plu­sieurs fois reprise dans d’autres volu­mes, la der­nière fois dans Szenvedély és forma [Passion et forme] (2012). Le tra­duc­teur a un sou­ve­nir très per­son­nel de cette expé­rience : en quel­que sorte, il a fait sien­nes les idées de Montesquieu sur la liberté, qu’il a connues durant sa jeu­nesse, sous le régime com­mu­niste en Hongrie.

Le témoi­gnage de Nadezda Plavinskaia sur la situa­tion en Russie est ins­truc­tif. On ne fait pas retra­duire un texte clas­si­que déjà tra­duit et publié ; deux rai­sons jus­ti­fient cette pra­ti­que : cer­tai­nes de ces tra­duc­tions, même si elles sont rela­ti­ve­ment ancien­nes, sont consi­dé­rées comme des « clas­si­ques », et le finan­ce­ment fait défaut. Les éditeurs rus­ses pré­fè­rent donc des réé­di­tions, par­fois de sim­ples réim­pres­sions. Les tra­duc­tions fai­tes pen­dant la pre­mière moi­tié du XXe siè­cle ont pu béné­fi­cier de relec­tu­res et d’une rédac­tion minu­tieuse et les tex­tes clas­si­ques ont sou­vent (mais pas tou­jours) échappé à la cen­sure sovié­ti­que. Mais les réé­di­tions sont sou­vent trom­peu­ses. C’est le cas de la der­nière tra­duc­tion de L’Esprit des lois en 1999 par l’éditeur Mysl (Moscou) : sur la page de titre figure le nom de la phi­lo­so­phe Aleksandra Vassilievna Matechouk en tant que tra­duc­trice et auteure des com­men­tai­res ; mais, en obser­vant le livre, un spé­cia­liste peut voir qu’il s’agit d’une réé­di­tion (non avouée) de la tra­duc­tion de 1955, parue dans les « Œuvres choi­sies de Montesquieu », sous la direc­tion de Mikhail Petrovitch Baskin. Les inter­ven­tions de A.V. Matechouk sont mini­mes, en tous cas insuf­fi­san­tes pour qu’elle puisse appa­raî­tre comme tra­duc­trice et com­men­ta­trice. La tra­duc­tion des Lettres per­sa­nes, tra­vail col­lec­tif sous la direc­tion d’Evgueni Aleksandrovitch Gounst, parue pour la pre­mière fois en 1956, a été réé­di­tée qua­tre fois ; la der­nière fois, les éditeurs ont signalé qu’il s’agis­sait d’une réé­di­tion, avec une nou­velle intro­duc­tion ou pré­face. Selon Nadezda Plavinskaia, la tâche la plus impor­tante ne serait pas de faire de nou­vel­les tra­duc­tions de Montesquieu en russe, étant donné la qua­lité lin­guis­ti­que des tra­duc­tions exis­tan­tes, mais d’offrir au public scien­ti­fi­que et aux étudiants rus­ses de nou­vel­les éditions de ces tex­tes avec un appa­rat cri­ti­que de qua­lité. Cela ne serait pos­si­ble que dans le cadre d’un pro­jet col­lec­tif aca­dé­mi­que ou uni­ver­si­taire, mais l’édition des sour­ces est actuel­le­ment très peu sou­te­nue et finan­cée en Russie. Nadezda Plavinskaia a pour­tant ter­miné la tra­duc­tion des Réflexions sur la monar­chie uni­ver­selle en Europe, qu’elle sou­haite faire paraî­tre anno­tée et com­men­tée.

Éditions utilisées, annotation, publication et diffusion de la traduction

Après ce par­cours par pays et lan­gues, consi­dé­rons quel­ques aspects liés au tra­vail du tra­duc­teur et à la publi­ca­tion de sa tra­duc­tion. Le choix de l’édition de base est essen­tiel. En ce qui concerne L’Esprit des lois, en l’absence d’une véri­ta­ble édition cri­ti­que, les éditeurs sem­blent pré­fé­rer l’édition de Roger Caillois, publiée chez Gallimard dans la « Bibliothèque de la Pléiade ». Jeanne Holierhoek a également consulté les notes de l’édition de Jean Brèthe de La Gressaye. Hana Fořtová a uti­lisé l’édition cri­ti­que de la Défense (2010) mais, pour L’Esprit des lois, elle a eu recours à plu­sieurs tex­tes : elle s’est ser­vie de l’édition parue chez Garnier mais elle a également eu à sa dis­po­si­tion l’édition de Roger Caillois et celle de Brèthe de La Gressaye, dont elle a, comme Jeanne Holierhoek, trouvé utile l’appa­rat cri­ti­que. Elle a également consulté la tra­duc­tion anglaise de Cambridge (1989) et la tra­duc­tion slo­va­que. En revan­che, elle n’a pas uti­lisé la tra­duc­tion tchè­que de Lyer pour éviter d’en être influen­cée. Miguel Morgado s’est également servi de l’édition de Roger Caillois et il a consulté la tra­duc­tion anglaise. On peut donc cons­ta­ter que tous les tra­duc­teurs étaient obli­gés d’uti­li­ser des éditions rela­ti­ve­ment ancien­nes (parues pour la pre­mière fois entre 1951 et 1973), d’où la néces­sité d’autres sour­ces pour l’anno­ta­tion. Il appa­raît qu’une tra­duc­tion anglaise rela­ti­ve­ment récente peut ser­vir de com­pa­rai­son en cas des pas­sa­ges pro­blé­ma­ti­ques. Cette méthode, assez répan­due, a tou­te­fois ses ris­ques : cer­tai­nes fau­tes peu­vent également se trans­met­tre d’un texte à l’autre de cette manière.

L’exten­sion de l’appa­rat cri­ti­que est très varia­ble. La tra­duc­trice tchè­que n’a pas pu rédi­ger d’intro­duc­tion, pour réduire le volume du texte à publier. Elle a annoté le texte mais devait se limi­ter à des notes conci­ses. Miguel Morgado a opté pour une une dou­ble anno­ta­tion : les notes de Montesquieu, en bas de page, sont numé­ro­tée, et les notes du tra­duc­teur (por­tant la men­tion « N.T. ») sont signa­lées par un asté­ris­que. L’intro­duc­tion de M. Morgado est une grande étude de syn­thèse en por­tu­gais dont, à notre connais­sance, aucun compte rendu en fran­çais n’a paru. Une recen­sion en por­tu­gais est dis­po­ni­ble en ligne : elle juge l’intro­duc­tion par­fois répé­ti­tive mais en sou­li­gne l’impor­tance.

Il n’est pas pos­si­ble de consi­dé­rer ici des ques­tions ter­mi­no­lo­gi­ques ou sty­lis­ti­ques en détail ; il est tou­te­fois impor­tant de noter les expé­rien­ces des tra­duc­teurs à cet égard parce que la ter­mi­no­lo­gie reste l’une des pier­res de tou­che quand il s’agit de tra­duire Montesquieu. Les tra­duc­tri­ces hol­lan­daise et danoise ont men­tionné la néces­sité de moder­ni­ser le texte de Montesquieu mais en gar­dant une tein­ture « clas­si­que » en lan­gue-cible. Jeanne Holierhoek a sou­li­gné qu’il était dif­fi­cile de ren­dre cer­tains ter­mes poly­sé­mi­ques de manière consé­quente en néer­lan­dais. De sa part, Hana Fořtová sou­li­gne la dif­fi­culté de ren­dre de manière consé­quente en tchè­que cer­tains ter­mes his­to­ri­ques dont il existe plu­sieurs varian­tes, et de tra­duire les ter­mes dési­gnant les ancien­nes lois fran­çai­ses. Le tra­duc­teur por­tu­gais était également confronté à la dif­fi­culté de trou­ver des équivalents pour les ter­mes de droit romain et de pra­ti­ques léga­les médié­va­les. La tra­duc­tion vers une autre lan­gue d’ori­gine latine peut également pré­sen­ter des dif­fi­cultés ter­mi­no­lo­gi­ques et sty­lis­ti­ques en rai­son de l’évolution séman­ti­que dif­fé­rente des lexè­mes dans les deux lan­gues, ce dont nous convainc l’arti­cle de Giovanni Paoletti et les sou­cis ter­mi­no­lo­gi­ques sont nota­bles même dans une lan­gue ayant un lexi­que poli­ti­que très élaboré pour des rai­sons his­to­ri­ques, notam­ment l’anglais.

Il est de pre­mière impor­tance d’évoquer la reconnais­sance pro­fes­sion­nelle. Il appa­raît que tra­duire Montesquieu béné­fi­cie tou­jours d’une appro­ba­tion, outre la reconnais­sance du tra­vail per­son­nel du tra­duc­teur (Jeanne Holierhoek a reçu le pres­ti­gieux Dr. Elly Jaffé Prijs pour sa tra­duc­tion de L’Esprit des lois en 2007). Un pro­jet de tra­duc­tion de Montesquieu, notam­ment en Europe de l’Est, peut béné­fi­cier d’un sou­tien du Centre natio­nal du livre et d’une sub­ven­tion de l’ambas­sade de France (Programme F.X. Šalda en République tchè­que, aide à la publi­ca­tion Kosztolányi en Hongrie). Cette sub­ven­tion ne cou­vre tou­te­fois que les frais d’un tirage limité et de for­mat sim­ple. Hana Fořtová consi­dère que la tra­duc­tion de L’Esprit des lois a été déci­sive dans son par­cours pro­fes­sion­nel puisqu’elle a ensuite été sol­li­ci­tée pour pré­pa­rer une nou­velle tra­duc­tion du Contrat social de Rousseau. Miguel Morgado uti­lise régu­liè­re­ment sa tra­duc­tion de Montesquieu dans ses cours de phi­lo­so­phie poli­ti­que et il a plu­sieurs fois eu l’occa­sion de par­ler de Montesquieu en tant que confé­ren­cier invité dans d’autres uni­ver­si­tés. Montesquieu appa­raît également dans des ate­liers de tra­duc­tion lit­té­raire : Jeanne Holierhoek a donné des cours sur la lan­gue de Montesquieu, en illus­trant par ces exem­ples les dif­fi­cultés de tra­duire le lan­gage abs­trait et poly­sé­mi­que. Elle pense que la com­pa­rai­son de la tra­duc­tion néer­lan­daise avec cer­tains pas­sa­ges avec la tra­duc­tion anglaise et alle­mande était ins­truc­tive. En ce qui concerne l’ave­nir, plu­sieurs tra­duc­teurs pen­sent qu’il fau­drait envi­sa­ger de tra­duire un choix des Pensées et, selon Jeanne Holierhoek, les Voyages (où il est ques­tion également de la Hollande).

En guise de conclu­sion de cette enquête, je vou­drais sou­li­gner son carac­tère expé­ri­men­tal et pro­vi­soire. Un recen­se­ment plus com­plet des tra­duc­tions de Montesquieu, l’exa­men de leur qua­lité et l’encou­ra­ge­ment au dia­lo­gue entre ses tra­duc­teurs sont autant d’objec­tifs à pro­po­ser.

Eszter Kovács

Bibliographie

Traductions évoquées dans l’article

En anglais

Montesquieu, The Spirit of Laws, Translated by Thomas Nugent, Londres, 1750.

Montesquieu, The Spirit of the Laws, Translated and edi­ted by Anne M. Cohler, Basia C. Miller, Harold S. Stone, Cambridge, Cambridge University Press, 1989.

Montesquieu, Persian Letters. With Related Texts. Translated with Introduction and Notes by Raymond N. MacKenzie, Hackett Publishing Company, Indianapolis–Cambridge, 2014.

« Montesquieu in England : his Notes on England », Commentary, trans­la­tion and anno­ta­tions by Iain Stewart, Oxford University Comparative Law Forum, no 6 (2002).

Montesquieu, A Defence of the Spirit of Laws, Lexington, 2015 (sans éditeur ni nom du tra­duc­teur)

En italien

Montesquieu, Tutte le opere, Domenico Felice (dir.), Milan, Bompiani, 2014– (coll. Il pen­siero occi­den­tale). (entre­prise col­lec­tive en trois volu­mes).

Montesquieu, Lo spi­rito delle leggi, trad. par Sergio Cotta, Turin, UTET, 1952.

Montesquieu, Lo spi­rito delle leggi, trad. par Beatrice Boffito Serra, Milan, Rizzoli, 1967–1968.

En néerlandais

Montesquieu, Perzische brie­ven, trad. par J.A. Sandfort, Amsterdam, Wereldbibliotheek, 1939.

Montesquieu, Perzische brie­ven, trad. par Jeanne Holierhoek, Amsterdam, Wereldbibliotheek, 2002.

Montesquieu, Over de geest van de wet­ten, trad. par Jeanne Holierhoek, Amsterdam, Boom, 2006.

En danois

Montesquieu, Persiske breve, Lettres choi­sies et tra­dui­tes par Henrik Nyrop-Christensen, Copenhague, Fihl-Jensens bog­tryk­keri, 1956. (48 p.)

Montesquieu, To per­sere i Paris, Lettres choi­sies et tra­dui­tes par Ingeborg Buhl, Copenhague, Hasselbalch (68 p.)

Montesquieu, Om love­nes ånd, I-II, tra­duit par Merethe Klenow With, avec la col­la­bo­ra­tion de Ditlev Tamm, Copenhague, Gad, 1998.

En portugais

Montesquieu, Do Espírito das Leis, tra­duc­tion, intro­duc­tion et notes par Miguel Morgado, Lisbonne, Edições 70, 2011 (coll. Textos Filosóficos).

Montesquieu, Cartas per­sas, trad. par Isabel St. Aubyn, pré­face de Nuno Júdice, Lisbonne, Tinta da China, 2015.

En espagnol

Montesquieu, Discurso sobre Cicerón, tra­duc­tion et com­men­taire par Christian Felipe Pineda Pérez, Praxis Filosófica Nueva serie, no 39, julio-diciem­bre 2014, p. 211–217.

En tchèque

Montesquieu, O duchu zákonů, I, trad. par Stanislav Lyer, Prague, Linhart, 1947.

Montesquieu, O duchu zákonů, I-II, trad. par Hana Fořtová-Dohnalkova, Prague, OIKOYMENH, 2010, 2015.

Montesquieu, Projev o poh­nutkách, které nás mají pobí­zet k vědám [Discours sur les motifs qui doi­vent nous encou­ra­ger aux scien­ces], Tahy, vol. 5-6, 2010, p. 109–113.

En hongrois

Montesquieu, A tör­vé­nyek szel­le­méről [De l’esprit des lois], trad. par Imre Csécsy et Pál Sebestyén, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1962.

Montesquieu, Elmélkedések a rómaiak nagyságá­nak és hanyatlásá­nak okairól [Considérations sur la gran­deur des Romains et de leur déca­dence], trad. par János Szávai, Budapest, Európa Kiadó, 1975.

Montesquieu, Esszé az ízlésről [Essai sur le goût], trad. par Péter Balázs et András Harkányi, dans A tudom-is-én-mic­soda fogalma. Források és tanulmá­nyok, Budapest, L’Harmattan, 2010 (coll. Laokoón Könyvek), p. 73-90.

Montesquieu, A góti­kus stí­lusról [De la manière gothi­que], tra­duc­tion, notes et com­men­taire par Eszter Kovács, Orpheus Noster, 2015/2, p. 78-86.

Montesquieu, Akadémiai nyitó­bes­zéd, Azon oko­król, ame­lyek­nek a tudomá­nyok műve­lé­sére kell bátorí­ta­niuk bennün­ket [Sur les motifs qui doi­vent nous encou­ra­ger aux scien­ces], trad. par Eszter Kovács, dans Képek, szö­ve­gek, olva­sa­tok, Szeged, JATEPress, 2012 (coll. Lumières – Enlightenment – Aufklärung – Felvilágosodás I), p. 165-168.

Articles ou recensions relatifs aux traductions de Montesquieu

Paoletti, Giovanni, « Traduire Montesquieu en ita­lien : remar­ques his­to­ri­ques et lin­guis­ti­ques sur les livres XX à XXXI de L’Esprit des lois », dans Catherine Volpilhac-Auger (dir.), Montesquieu d’Est en Ouest. Traduire Montesquieu en anglais, ita­lien, hon­grois, polo­nais, russe (dos­sier thé­ma­ti­que), Revue fran­çaise d’his­toire du livre, nº 134, 2013, p. 77–102.

Stewart, Philip, « Les Lettres per­sa­nes en sept tra­duc­tions anglai­ses (1722–2008) », dans Montesquieu d’Est en Ouest, p. 103-126.

Stewart, Philip, « On the Nugent Translation of L’Esprit des lois », History of Political Thought, à paraî­tre, 2017.

Lívia Franco, « A Arte de Traduzir Montesquieu e o Difícil Desafio da Síntese », Nova Cidadania, Lisboa, Catolica Instituto de Estudos Políticos

Éditions utilisées par les traducteurs participant à l’enquête

Montesquieu, Œuvres com­plè­tes, éd. par Roger Caillois, tome II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1951 (et réim­pres­sions).

Montesquieu, De l’esprit des lois, éd. par Jean Brèthe de La Gressaye, Paris, Les Belles Lettres, 1950-1961, 4 volu­mes.

Défense de L’Esprit des lois, éd. par Pierre Rétat, dans Montesquieu, Œuvres com­plè­tes, tome VII, Paris – Lyon, Classiques Garnier – ENS Éditions, 2010.

Montesquieu, De l’esprit des lois, éd. par Robert Derathé, Paris, Classiques Garnier, 1973 (et réim­pres­sions), 2 volu­mes.

On trouvera ci-après les références bibliographiques des ouvrages et articles ici mentionnés.

Il faut aussi signaler des traductions qui ne livrent aucun renseignement sur l’origine du texte ni le traducteur, comme la traduction anglaise de la Défense de L’Esprit des lois (2015), commercialisée sans le nom du traducteur ni de l’éditeur, sans préface ni commentaire.