Montesquieu

Éd. Catherine Volpilhac-Auger. Textes établis, pré­sen­tés et anno­tés par Catherine Volpilhac-Auger. Coordination éditoriale : Caroline Verdier. 2008.

Le manus­crit de tra­vail de L’Esprit des lois cons­ti­tue un docu­ment excep­tion­nel, trans­crit pour la pre­mière fois dans son inté­gra­lité (trois mille pages, conser­vées à la Bibliothèque natio­nale de France, cor­res­pon­dant aux livres I-XXV, XXVII, et à des bri­bes des livres XXVIII et XXIX) et étudié dans son évolution, car Montesquieu y a tra­vaillé pour l’essen­tiel entre 1739 et 1747 (et même par­fois plus tôt), cor­ri­geant, ajou­tant, réé­cri­vant, en stra­tes suc­ces­si­ves que l’écriture de ses secré­tai­res per­met de dater avec une grande pré­ci­sion.

Son inté­rêt réside d’abord dans la com­pa­rai­son entre manus­crit et imprimé (tou­tes les diver­gen­ces sont signa­lées, les plus impor­tan­tes sont com­men­tées) : à la veille de la publi­ca­tion (1748), il est remar­qua­ble que les ulti­mes cor­rec­tions ten­dent sou­vent à l’auto­cen­sure. Mais l’essen­tiel consiste dans la trans­for­ma­tion conti­nue du texte, au niveau des plus infi­mes détails de rédac­tion comme dans la com­po­si­tion de par­ties entiè­res, sus­cep­ti­bles de réor­ga­ni­sa­tions impor­tan­tes qu’on peut ten­ter de recons­ti­tuer : une page a pu être reprise et cor­ri­gée jusqu’à qua­tre fois, par­fois à plu­sieurs années d’inter­valle. On décou­vre ainsi, entre autres, que les livres XI et XII n’en fai­saient ori­gi­nel­le­ment qu’un, que l’idée direc­trice du livre VIII a com­plè­te­ment changé, que l’ordre d’expo­si­tion du livre XIII a été ren­versé et que ses enjeux en sont par là-même trans­for­més…

Les intro­duc­tions (250 pages) pré­sen­tent l’ensem­ble des outils de tra­vail et d’ana­lyse uti­li­sés, et diver­ses réflexions qui en nais­sent, sur l’his­toire du texte comme sur la manière dont on conçoit la démar­che même de Montesquieu (Annexes A). Elles com­pren­nent aussi un tableau exhaus­tif, feuillet par feuillet, des « mains » des scrip­teurs et des cor­rec­teurs, tel­les qu’elles figu­rent dans la trans­crip­tion, et des lots de papier uti­li­sés (ana­ly­sés par Claire Bustarret), qui contri­buent aux data­tions, ainsi qu’une concor­dance entre les cha­pi­tres du manus­crit et ceux de l’édition impri­mée en 1748. La trans­crip­tion de L’Esprit des lois pro­pre­ment dit (750 pages), dont cha­que livre est pré­cédé d’une intro­duc­tion détaillée qui en exa­mine les pha­ses suc­ces­si­ves pour en don­ner les éléments essen­tiels d’inter­pré­ta­tion, est sui­vie par celle d’une par­tie du dos­sier « 2506 » de la biblio­thè­que de Bordeaux, cons­ti­tué de cha­pi­tres reje­tés de L’Esprit des lois et de docu­ments de tra­vail rela­tifs à ces cha­pi­tres (150 pages). Les annexes B déve­lop­pent des ques­tions his­to­rio­gra­phi­ques ou tex­tuel­les sus­ci­tées par le manus­crit, ce qui per­met d’évoquer les métho­des selon les­quel­les tra­vaille Montesquieu. Cet ensem­ble est com­plété par un index des noms de per­son­nes.

Plusieurs livres de L’Esprit des lois sont accessibles