Montesquieu
 

Montesquieu. L’esprit du politique : Les entretiens de la liberté (16-17 octobre 2009)

Vendredi 16 octobre

Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (Campus de Pessac)

Historiquement, en France, la « com­mu­nauté des citoyens », fon­dée sur une cer­taine concep­tion de la nation, était acti­vée par l’école et par la cons­crip­tion. Celle-ci a dis­paru, et celle-là est concur­ren­cée par de mul­ti­ples autres ins­tan­ces. Faut-il, pour autant, déses­pé­rer du poli­ti­que lorsqu’il s’assi­gne la tâche de recons­ti­tuer du lien social ? L’école reste-t-elle le lieu déci­sif de for­ma­tion à la citoyen­neté, et sous quel­les condi­tions ? De nou­veaux forums ne sont-ils pas appa­rus, dont l’appro­pria­tion citoyenne n’est ni évidente, ni immé­diate, mais néan­moins riche de poten­tia­li­tés ? La « gou­ver­nance multi-niveaux » qu’impli­quent la décen­tra­li­sa­tion et la cons­truc­tion euro­péenne s’accom­pa­gne-t-elle et jusqu’à quel point d’une citoyen­neté plu­rielle capa­ble de res­sus­ci­ter l’idée même de citoyen­neté dans un monde gagné par l’indi­vi­dua­lisme ?

14h30 Etre citoyen aujourd’hui

Dominique Schnapper, uni­ver­si­taire et écrivain, mem­bre du Conseil Constitutionnel.

Toutes les muta­tions du monde contem­po­rain – glo­ba­li­sa­tion, indi­vi­dua­li­sa­tion, crise des ins­ti­tu­tions, déma­té­ria­li­sa­tion des rap­ports sociaux, etc.- sem­blent avoir un impact sur la notion de citoyen­neté, qui n’a jamais été aussi dif­fi­cile à cer­ner. Fred Constant (La citoyen­neté, Montchrestien, coll. Clefs) la défi­nit comme une manière dis­tinc­tive de pen­ser l’appar­te­nance à une société poli­ti­que for­mée de qua­tre com­po­san­tes : a) mani­fes­ta­tion d’une iden­tité natio­nale (la citoyen­neté est une décli­nai­son par­ti­cu­lière de la natio­na­lité) ; b) sta­tut juri­di­que confé­rant des droits et des obli­ga­tions vis-à-vis de la col­lec­ti­vité ; c) rôle social spé­ci­fi­que impli­quant une par­ti­ci­pa­tion active à la vie de la cité ; d) ensem­ble de qua­li­tés mora­les (le civisme) pous­sant au dépas­se­ment de soi.

Peut-on, et d’ailleurs, doit-on néces­sai­re­ment être citoyen aujourd’hui comme on l’était jadis et naguère ?

Samedi 17 octobre

Château de La Brède

10h00 Table-Ronde : La redécouverte de l’Etat

La crise a clai­re­ment imposé un retour de l’Etat, qui, en 2008-2009, appa­raît désor­mais bien plus comme « la solu­tion » que comme « le pro­blème ». Mais le sens et la por­tée de ce chan­ge­ment his­to­ri­que doi­vent être inter­ro­gés. Le retour de l’Etat est-il dura­ble ou pro­vi­soire ? Sert-il seu­le­ment à res­tau­rer les équilibres économiques et finan­ciers, ou s’impose-t-il comme niveau indis­pen­sa­ble de la régu­la­tion, posant du coup la ques­tion de l’exten­sion indé­fi­nie de la glo­ba­li­sa­tion et du libre-échange ? Est-on en pré­sence d’un nou­veau chan­ge­ment de réfé­ren­tiel, à contre-pied du « tour­nant néo-libé­ral » des années 1980, ou d’une sim­ple adap­ta­tion prag­ma­ti­que à une situa­tion de crise ?

Avec :

  • Dario Battistella, professeur de science politique, Bordeaux.
  • Yves Deloye, Professeur de science politique, Paris1, Secrétaire général de l’AFSP.
  • Blandine Kriegel, philosophe, professeur des universités, ancienne présidente du Haut Conseil à l’intégration.
  • Edwin Le Heron, économiste, président de l’association pour le développement des études keynesiennes.
  • Robert Lafore, professeur de droit public, directeur honoraire de Sciences po Bordeaux.
  • Michel Prada, Inspecteur général des finances honoraire, ancien président de l’Autorité des marchés financiers.
  • Modérateur : Jacques Chevallier, professeur à l’université Paris 2.

13h00 Pause déjeuner

15h00 Conférence : Qu’est-ce qu’un homme d’Etat ?

Jean-Noël Jeanneney, his­to­rien, ancien minis­tre.

« C’est un homme d’Etat ». Ce qua­li­fi­ca­tif est sou­vent invo­qué pour dis­tin­guer cer­tains hom­mes poli­ti­ques en se pla­çant sur le regis­tre de la gran­deur, et, impli­ci­te­ment, les oppo­ser plus ou moins radi­ca­le­ment au reste de la classe poli­ti­que. Mais on ne s’est guère inter­rogé sur les carac­tè­res, les ingré­dients ou les cir­cons­tan­ces qui font l’« homme d’Etat ». S’agit-il de son sens du sacri­fice per­son­nel (de sa car­rière), de son cou­rage poli­ti­que, de sa capa­cité à « ras­sem­bler », ou des cri­ses qui le révè­lent ? La caté­go­rie existe-t-elle de la même façon de tous temps et en tous lieux ? Au tra­vers de quel­ques figu­res his­to­ri­ques et de leur bio­gra­phie, on peut ten­ter d’en tra­cer un « por­trait ».

15h45 Conférence : Que faut-il attendre du politique ?

M.Philippe Séguin, ancien minis­tre, Premier pré­si­dent de la Cour des Comptes

« L’Etat ne peut pas tout faire » (Lionel Jospin) « Que vou­lez-vous que je fasse ? Que je vide des cais­ses qui sont déjà vides ? » (Nicolas Sarkozy). L’impuis­sance publi­que face aux aléas du mar­ché mon­dia­lisé est sou­vent évoquée par ceux qui gou­ver­nent. Inversement, les démons­tra­tions de volon­ta­risme se sont récem­ment mul­ti­pliées face à la crise. Les plans de relance suc­ces­sifs et de fac­ture diverse selon les pays sem­blent tou­te­fois mon­trer les limi­tes de l’inter­ven­tion des pou­voirs publics. De même la recher­che de la cohé­sion sociale se heurte cons­tam­ment à de nou­veaux obs­ta­cles. Faut-il se résou­dre à faire jouer au poli­ti­que un rôle d’amor­tis­seur (sub­si­dia­rité), ou peut-on, et à quel­les condi­tions, atten­dre de lui un pro­jet de société ? Comment inven­ter les modes de régu­la­tion du XXIe siè­cle ?

Modérateur : Bruno Dive, éditorialiste à Sud-Ouest

17h00 Discours de clôture

Alain Rousset, député de la Gironde, Président du Conseil régio­nal d’Aquitaine.

Choix du thème pour 2010.

Les entretiens de la iberté